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Économie

Le Mali, entre argile et moteur, tente de ressusciter son patrimoine touristique

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Alors que la crise sécuritaire a vidé pendant plus d’une décennie les sites classés au patrimoine mondial, les autorités et les professionnels misent sur un tourisme domestique et de nouvelles clientèles pour redonner vie à un secteur économique autrefois florissant.

Oumar Cissé évoque avec une certaine mélancolie son ancienne vie de guide à Djenné, là où il commentait pendant des heures l’architecture de la grande mosquée de banco et les traditions séculaires. Aujourd’hui, il circule au volant d’une moto-taxi dans les rues de Bamako, loin de la terre sacrée de sa ville natale. Son histoire résume le destin de nombreux acteurs du secteur, contraints de se reconvertir après l’effondrement du tourisme international.

Le Mali, qui compte quatre sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco et neuf éléments sur la liste du patrimoine culturel immatériel, était une destination majeure pour les amateurs d’histoire et de culture en Afrique de l’Ouest. Les conflits armés, impliquant des groupes jihadistes et d’autres acteurs non étatiques à partir de 2012, ont progressivement éloigné les visiteurs étrangers. Les instabilités politiques ultérieures n’ont fait qu’aggraver cette désaffection.

Des lieux emblématiques comme Tombouctou, les falaises du pays Dogon ou le tombeau des Askia à Gao sont ainsi restés quasiment déserts pendant près de quinze ans. La fermeture d’établissements hôteliers, les licenciements et l’endettement des promoteurs ont suivi. Les recettes touristiques, qui pouvaient atteindre près de deux cents millions d’euros par an et représentaient environ trois pour cent du produit intérieur brut, se sont considérablement taries, tombant à une contribution marginale.

Face à ce constat, les efforts se sont récemment portés sur la stimulation d’un tourisme intérieur. Des programmes incitatifs ont été lancés pour encourager les fonctionnaires et le public malien à découvrir leur propre pays via des circuits subventionnés. Parallèlement, des initiatives ciblant une clientèle internationale sélectionnée ont vu le jour, à l’image de la biennale artistique de Tombouctou organisée fin 2025. Cet événement a permis, sous escorte sécuritaire, l’accueil de plusieurs centaines de visiteurs étrangers, signe d’un frémissement.

Les professionnels observent également l’émergence de nouvelles provenances, notamment en provenance de Russie, un pays allié du régime militaire malien. Cette évolution géopolitique, marquée par un éloignement de la France et un rapprochement avec Moscou, ouvre potentiellement de nouveaux marchés. Pour les acteurs locaux, ces signaux, bien que modestes, nourrissent l’espoir d’une renaissance progressive d’une industrie qui fut longtemps un pilier de l’économie et un vecteur de fierté nationale.

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