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Culture

Le ballet « Noureev », interdit à Moscou, trouve une nouvelle scène à Berlin

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L’œuvre du réalisateur Kirill Serebrennikov, censurée en Russie pour son traitement de l’homosexualité, est reprise en Allemagne par une équipe d’artistes exilés, incarnant la résistance par l’art.

L’Opéra de Berlin accueille une production longtemps attendue. Le ballet « Noureev », consacré à la vie du danseur étoile soviétique Rudolf Noureev, y est présenté pour la première fois hors de Russie. Cette œuvre, créée à Moscou en 2017, avait été interdite par les autorités russes en 2023, invoquant une législation réprimant la représentation des personnes LGBT. Son metteur en scène, Kirill Serebrennikov, figure majeure de la culture russe en exil, en supervise aujourd’hui la reprise presque à l’identique.

Pour le soliste brésilien David Soares, qui interprète le rôle-titre, porter ce projet représente une responsabilité particulière. Comme Serebrennikov et des dizaines de milliers de ses compatriotes, le danseur a quitté la Russie après le début du conflit en Ukraine. Il rejoint ainsi une communauté d’artistes exilés qui ont fait de Berlin un foyer de création en liberté. Le chorégraphe Iouri Possokhov, autre membre de cette équipe, participe également à cette résurrection artistique.

Le spectacle retrace le parcours du célèbre danseur, de sa défection à Paris en 1961 à sa mort en 1993. Il aborde ouvertement son homosexualité, un aspect central de sa vie et de son art. Une séquence montrant Noureev entouré de danseurs en talons hauts, évoquant sa découverte de la liberté occidentale, avait notamment contribué à la censure de l’œuvre. À Berlin, une célèbre photographie de nu de l’artiste par Richard Avedon, qui avait été retirée de la production moscovite, retrouvera sa place sur scène.

Kirill Serebrennikov estime que le message de l’œuvre conserve toute son actualité. Il présente Noureev comme une figure intemporelle de rébellion et de créativité, dont l’exemple s’oppose à ce qu’il décrit comme une normalité grise et conformiste. Pour le réalisateur, ce ballet parle d’une époque où le bon sens et la liberté font souvent défaut, un propos qu’il destine autant au public occidental qu’au spectateur russe.

David Soares, qui a grandi avec le rêve de danser à Moscou, approche son rôle avec humilité. Il souligne qu’il est impossible de simplement copier Noureev, décrivant ce dernier comme un phénomène bien plus qu’une star. Pour s’en approcher, le danseur s’est plongé dans les archives et les témoignages, cherchant à saisir l’essence d’un artiste qui révolutionna la danse masculine par sa technique explosive et sa liberté absolue. Selon lui, Noureev a appris au public à regarder le ballet d’une manière nouvelle, en focalisant toute l’attention sur l’interprète. La première berlinoise est prévue pour le mois de mars.

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