Monde
L’ancien président philippin Rodrigo Duterte face à la justice internationale
La Cour pénale internationale entame ce lundi la phase cruciale de l’examen des charges pour crimes contre l’humanité retenues contre l’ex-chef d’État, liées à sa campagne antidrogue ayant fait des milliers de morts.
Les audiences s’ouvrent ce lundi à La Haye pour déterminer si l’ancien président des Philippines, Rodrigo Duterte, devra être jugé par la Cour pénale internationale. L’octogénaire, inculpé de trois chefs de crimes contre l’humanité, est accusé d’avoir orchestré une campagne d’une extrême violence contre la drogue durant ses mandats.
La procédure, dite de confirmation des charges, s’étalera sur quatre jours. Les juges examineront les éléments à charge avant de se prononcer dans un délai de soixante jours sur la tenue d’un éventuel procès. L’ancien homme fort de Manille, arrêté en mars 2025 et transféré aux Pays-Bas, ne sera pas présent dans la salle d’audience, sa demande de renoncer à comparaître ayant été acceptée.
Les accusations portent sur une série d’homicides survenus entre 2013 et 2018. Le premier chef concerne dix-neuf meurtres commis alors que M. Duterte était maire de Davao. Le deuxième vise quatorze assassinats de prétendues cibles prioritaires en 2016 et 2017. Le troisième est lié à quarante-trois morts lors d’opérations de police à l’encontre de personnes suspectées d’être impliquées dans le trafic de stupéfiants.
La défense de l’ancien président rejette en bloc ces allégations. Son avocat a réaffirmé en amont des débats l’innocence de son client. Les organisations de défense des droits humains suivent de près cette procédure, y voyant une occasion historique de rendre justice aux victimes. Elles estiment que la politique antidrogue du gouvernement Duterte a conduit à des dizaines de milliers d’exécutions extrajudiciaires, touchant majoritairement les populations défavorisées.
Malgré les critiques internationales, cette approche répressive avait recueilli un large soutien populaire aux Philippines. Le pays s’était retiré du Statut de Rome en 2019 sous l’impulsion de l’ancien président, mais la Cour a maintenu sa compétence pour les crimes présumés commis sur le territoire national jusqu’à cette date. La défense a contesté cette décision, dont l’appel est toujours en cours d’examen.
Cette affaire survient dans un contexte de fortes tensions géopolitiques autour de la CPI, institution qui fait face à des pressions croissantes de la part de plusieurs États.
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