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L’Amazonie en proie aux flammes

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La pratique ancestrale des brûlis agricoles, conjuguée à une sécheresse historique, transforme progressivement le poumon vert de la planète en paysage de cendres.

Dans l’État brésilien du Pará, la municipalité de Sao Felix do Xingu incarne le paradoxe amazonien. Cette terre de cowboys abrite le plus important cheptel bovin du pays tout en détenant le triste record national d’incendies. Le phénomène des brûlis, méthode ancestrale pour régénérer les pâturages, s’est transformé en menace écologique majeure sous l’effet du changement climatique.

Les éleveurs locaux utilisent le feu comme outil agricole bon marché, une pratique si répandue qu’elle possède son propre vocable. Dans le langage local, on dit « embaucher Jean Rouge » pour désigner l’embrasement des terres. Cette technique traditionnelle devient pourtant incontrôlable lors des sécheresses extrêmes, comme celle de 2024 qui a calciné près de dix-huit millions d’hectares.

Le gouvernement fédéral reconnaît la complexité du dossier. La ministre de l’Environnement Marina Silva souligne que la déforestation par incendies constitue désormais le principal défi. Malgré les engagements présidentiels d’éradication, la surface déboisée a progressé de quatre pour cent sur un an après une nette amélioration antérieure.

L’histoire récente de la région reste marquée par le « Jour du feu » de 2019, lorsque des propriétaires terriens avaient coordonné des incendies massifs pour soutenir la politique environnementale du précédent gouvernement. Cet événement avait provoqué une condamnation internationale et révélé l’ampleur du problème.

Sur le terrain, les conséquences sont tangibles. Les petits éleveurs décrivent des paysages transformés où la forêt luxuriante cède la place à des étendues carbonisées. Les conflits fonciers s’intensifient entre propriétaires historiques et grands groupes agroindustriels, ces derniers bénéficiant souvent d’une impunité relative malgré les infractions environnementales répétées.

Les autorités peinent à faire appliquer la législation. L’agence environnementale Ibama reconnaît que ses agents font face à des menaces dans l’exercice de leurs fonctions. Les amendes restent fréquemment impayées, comme l’a démontré un récent rapport sur les sanctions liées au « Jour du feu ».

La situation appelle des solutions multidimensionnelles. Au-delà du renforcement des moyens de lutte contre les incendies, les spécialistes plaident pour une régularisation foncière massive et un changement des pratiques agricoles. La création de pare-feu et l’adoption de techniques alternatives pourraient limiter la propagation des flammes.

Certains signes encourageants apparaissent cependant. L’année 2025 connaît une nette diminution des foyers d’incendie, attribuée à une météorologie plus clémente et à un contrôle renforcé des autorités. Cette embellie ne doit pas masquer l’urgence d’une action coordonnée pour préserver ce qui reste de la forêt amazonienne.

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