Faits Divers
La police londonienne devant les juges pour sa surveillance biométrique en temps réel
Pour la première fois au Royaume-Uni, la légalité de l’usage de la reconnaissance faciale en direct par les forces de l’ordre est contestée devant la justice. Un recours déposé par un citoyen et une association de défense des libertés civiles met en cause les fondements juridiques de cette pratique.
La Haute Cour de Londres examine actuellement une requête visant les méthodes de la police métropolitaine. Cette procédure judiciaire, une première dans le pays, fait suite à l’interpellation erronée d’un homme, Shaun Thompson, identifié à tort par un système de caméras analysant les visages en temps réel. Les audiences, qui se poursuivent, doivent déterminer si l’emploi de cette technologie par la « Met » respecte le cadre légal.
Le dispositif, connu sous le nom de reconnaissance faciale en direct, balaie en permanence les flux de passants dans l’espace public. Il compare instantanément les traits du visage des individus avec ceux d’une base de données regroupant des personnes recherchées. Le Royaume-Uni se distingue par l’ampleur du déploiement de ce système, sans équivalent à ce stade sur le continent européen.
L’affaire trouve son origine dans un incident survenu au cœur de la capitale britannique. Shaun Thompson, un travailleur social bénévole, a été contrôlé puis relâché après qu’une alerte automatique l’a faussement signalé comme un suspect. Il a saisi la justice conjointement avec la directrice de l’organisation Big Brother Watch, une structure engagée dans la protection des droits fondamentaux.
À la barre, l’avocate représentant la police a défendu l’utilité opérationnelle de l’outil, le présentant comme un moyen efficace de localiser des individus dont la position est inconnue. Elle a également mis en garde contre les répercussions qu’aurait une éventuelle restriction imposée par les juges. Selon un document déposé par l’institution, près de huit cents interpellations ont pu être réalisées grâce à ce procédé l’an dernier.
La défense a, quant à elle, dénoncé l’ampleur de la collecte de données personnelles et son caractère systématique. L’avocat des requérants a souligné que des millions de visages de citoyens innocents étaient capturés chaque année, avec un taux d’erreur qu’il a qualifié de significatif. Il a estimé que le cas de son client n’était pas isolé, mais représentatif des défaillances inhérentes à une surveillance massive et continue.
La réglementation interne de la police autorise actuellement l’installation de ces caméras dans des secteurs marqués par une forte délinquance ou abritant des infrastructures d’importance nationale. Un désaccord persiste toutefois entre les parties sur l’étendue géographique réelle que cette politique pourrait couvrir à terme.
La mission des deux magistrats consiste à évaluer si les mesures d’encadrement existantes sont suffisantes pour prévenir les abus, ou si elles laissent une marge d’arbitraire trop grande. Leur décision, attendue dans les prochains mois, pourrait redéfinir les limites de la surveillance technologique dans l’espace public.
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