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La jeunesse du lac Tchad, entre désespoir et exil forcé

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Dans cette région oubliée du Sahel, des milliers de jeunes, privés d’avenir, basculent dans l’engrenage de la violence ou tentent leur chance dans une quête périlleuse de survie.

Sur les rives du lac Tchad, une génération entière se retrouve prise au piège d’une spirale de précarité et de désillusion. Privés de perspectives, beaucoup de jeunes n’ont d’autre choix que de rallier des groupes armés ou de s’engager dans des migrations dangereuses à la recherche de ressources. Adam Issa, pêcheur de vingt ans, en a fait l’amère expérience. Après des mois de filets vides et de revenus inexistants, il a cédé aux promesses de recruteurs jihadistes opérant au Niger. Formé au maniement d’armes lourdes, il a finalement renoncé, mais son histoire n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Les autorités locales, dépassées, constatent l’hémorragie. Abba Ali Abakura, chef traditionnel d’un canton du nord de la province, déplore l’exode massif des forces vives de la région. Entre les départs vers les zones aurifères du Sahel et les ralliements aux factions armées, les villages se vident peu à peu, ne laissant derrière eux que les plus vulnérables. La crise économique, aggravée par la réduction des aides internationales, ne fait qu’accélérer ce phénomène.

L’or apparaît comme une échappatoire illusoire. Mahamat Ali Abdallah, ancien boulanger, a tenté sa chance dans les mines nigériennes et algériennes. Après deux années de labeur exténuant, il est rentré sans le sou, marqué par les accidents mortels qui frappent régulièrement les travailleurs clandestins. Pourtant, comme beaucoup d’autres, il envisage déjà de repartir. « Mieux vaut ce risque que de rester sans rien », confie-t-il, résigné.

L’éducation, souvent présentée comme un rempart contre l’embrigadement, fait cruellement défaut. Dans certains secteurs, un seul enseignant doit encadrer plusieurs centaines d’élèves. Les organisations humanitaires tentent de pallier ces carences, mais leurs moyens restent dérisoires face à l’ampleur des besoins. Sans accès à la formation, les jeunes se retrouvent enfermés dans un cercle vicieux de pauvreté et de marginalisation.

Les défis sont immenses pour cette région en proie à l’instabilité chronique. Entre la menace jihadiste et l’appauvrissement généralisé, les solutions peinent à émerger. En l’absence d’une réponse structurelle, la jeunesse du lac Tchad continuera de payer le prix fort d’un abandon qui dure depuis trop longtemps.

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