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La Côte d’Ivoire face à l’océan qui dévore ses morts

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Sur le littoral ivoirien, les habitants de Lahou-Kpanda doivent exhumer leurs ancêtres pour les sauver des eaux montantes, une conséquence directe du réchauffement climatique.

Alphonse Akadié, pêcheur de 53 ans, a dû prendre une décision douloureuse l’an dernier. Comme des centaines d’autres villageois, il a fait déterrer les restes de ses proches avant que l’océan ne les engloutisse à jamais. Le cimetière de Lahou-Kpanda, situé à 140 kilomètres d’Abidjan, disparaît peu à peu sous les flots. En cinquante ans, la montée des eaux a ravagé près de 70% de cette nécropole autrefois considérée comme la référence régionale.

Les familles, livrées à elles-mêmes, organisent des cérémonies de réinhumation dans un nouveau cimetière éloigné du rivage. Les ossements sont enveloppés dans des pagnes blancs avant d’être placés dans de modestes cercueils. Pour Alphonse Akadié, cette épreuve revient à enterrer une seconde fois ses parents, son oncle et ses aïeuls. « Le corps est mort, mais l’esprit vit », confie-t-il, encore bouleversé.

Le village de Lahou-Kpanda, coincé entre l’océan Atlantique, la lagune et le fleuve Bandama, subit de plein fouet les effets du changement climatique. Chaque année, la mer grignote 1,6 mètre de côtes. Selon la Banque mondiale, cette localité pourrait avoir totalement disparu d’ici 2050. Face à cette urgence, des travaux financés par des bailleurs internationaux sont en cours pour créer une nouvelle embouchure censée freiner l’avancée des eaux.

Mais en attendant, les habitants doivent composer avec cette réalité. L’exhumation et le transfert d’un corps coûtent entre 500 000 et 700 000 francs CFA, une somme prohibitrice pour beaucoup. Les plus démunis se tournent vers des jeunes du village formés sommairement aux techniques funéraires. Les autorités locales reconnaissent leur impuissance à soutenir financièrement les familles.

Certains villages voisins ont ouvert leurs cimetières en signe de solidarité. Pourtant, pour beaucoup, il est déjà trop tard. Des objets funéraires remontent parfois à la surface, rappelant que la mer a déjà emporté une partie de leur histoire. « Toute la mémoire de Lahou-Kpanda est partie », déplore le maire de Grand-Lahou. Dans cette lutte inégale contre les éléments, chacun tente de préserver ce qu’il peut de ses racines.

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