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Économie

La CGT dénonce une « menace inédite » sur l’action syndicale en France

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La première confédération syndicale française tire la sonnette d’alarme, évoquant une intensification des pressions judiciaires et des discriminations en entreprise contre ses militants, dans un contexte politique qu’elle juge préoccupant.

La Confédération générale du travail a présenté ce mercredi un constat sévère sur l’état des libertés syndicales dans le pays. L’organisation syndicale estime que les entraves à l’action des représentants du personnel ont atteint un niveau sans précédent. Elle prévoit de rendre publique dans les prochains jours une liste recensant un millier de ses adhérents ayant fait l’objet de poursuites ou de pressions en raison de leur engagement.

Lors d’une conférence de presse tenue à Montreuil, sa secrétaire générale, Sophie Binet, a pointé plusieurs phénomènes inquiétants. Elle a notamment évoqué la multiplication des procédures judiciaires à l’encontre des syndicalistes, des interventions des forces de l’ordre jugées disproportionnées lors de mobilisations sociales, ainsi que des restrictions au droit de manifester. Dans le monde du travail, la centrale dénonce des pressions exercées sur les délégués et des licenciements de salariés protégés, malgré leur statut.

Pour la CGT, cette dégradation du climat social est favorisée par plusieurs facteurs. Elle cite la concentration de la propriété des médias, qui contribuerait selon elle à la diffusion de discours réactionnaires, ainsi que des réformes législatives intervenues depuis 2017. Ces dernières, en fusionnant les instances représentatives du personnel, auraient affaibli les contre-pouvoirs dans l’entreprise.

Face à cette situation, le syndicat réclame l’adoption d’une loi cadre avant le prochain scrutin présidentiel. Ce texte viserait à garantir l’indépendance de la justice et de la presse, à sécuriser le financement du service public audiovisuel, et à renforcer la protection des libertés syndicales. Parmi les mesures concrètes proposées figure la possibilité pour les parquets de prononcer un non-lieu immédiat dans les procédures liées au droit de la presse lorsqu’elles sont manifestement infondées.

Cette mobilisation a reçu le soutien de plusieurs personnalités et organisations. Des représentants du Syndicat de la magistrature et de la Ligue des droits de l’homme se sont exprimés lors d’un meeting organisé sur le sujet. L’ancien ministre de la Justice Jacques Toubon y a également pris la parole. La direction de la CFDT a apporté son soutien par message vidéo, tandis que le président de la CFE-CGC était présent physiquement.

L’alerte de la CGT intervient dans un contexte où sa dirigeante, Sophie Binet, fait elle-même l’objet de poursuites judiciaires pour des propos tenus en janvier 2025. Une plainte pour injure publique a été déposée par l’organisation patronale Ethic après qu’elle eut qualifié certains chefs d’entreprise de « rats qui quittent le navire ». La Confédération syndicale internationale a saisi l’Organisation internationale du Travail pour dénoncer ce qu’elle considère comme une procédure abusive visant à museler la critique.

Le secrétaire général de la CSI, Luc Triangle, présent à Montreuil, a souligné que les attaques contre les syndicats constituaient un phénomène global, souvent précurseur de l’affaiblissement des démocraties. Sophie Binet a pour sa part affirmé qu’Ethic était financé par un homme d’affaires aux convictions politiques d’extrême droite, accusation que conteste la présidente de l’organisation patronale. Cette dernière reconnaît un soutien financier ponctuel pour un colloque, mais nie toute aide structurelle.

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