Nous rejoindre sur les réseaux

Monde

La Bolivie à la croisée des chemins, les peuples autochtones face à un choix historique

Article

le

À quelques jours du scrutin présidentiel, les communautés indigènes boliviennes, traditionnellement acquises à la gauche, envisagent pour la première fois depuis vingt ans une alternance politique, dans un contexte de crise économique persistante.

La ville d’El Alto, située à plus de 4 100 mètres d’altitude, offre un panorama saisissant de cette transition. Entre ses bâtiments aux couleurs vives et ses rues animées, se dessine le portrait d’une société en mutation. Les « cholets », ces constructions néo-andines symboles d’une bourgeoisie autochtone émergente, témoignent des transformations économiques et sociales des deux dernières décennies. Victor Choque Flores, entrepreneur autodidacte, incarne cette ascension. Propriétaire d’un de ces édifices spectaculaires, il reconnaît le rôle historique d’Evo Morales dans l’inclusion politique des populations indigènes, mais affirme aujourd’hui sa volonté de tourner la page.

Le scrutin du week-end prochain pourrait marquer un tournant. Les sondages placent les candidats de droite en tête, alors que la gauche, affaiblie par l’absence de son leader historique et l’impopularité du président sortant Luis Arce, peine à mobiliser. El Alto, bastion traditionnel du mouvement socialiste, apparaît désormais divisé. Sur les murs de la ville, les slogans du candidat de centre droit Samuel Doria Medina côtoient les critiques acerbes envers l’ancien président Morales, accusé par certains de privilégier ses ambitions personnelles au détriment du pays.

Dans les studios de Radio San Gabriel, une station diffusée en aymara, les débats reflètent cette fracture. Arcenio Julio Tancara, figure communautaire respectée, dénonce les appels au vote nul lancés par Morales, y voyant une manœuvre politicienne. D’autres, comme Matilde Choque Apaza, représentante d’une association de femmes autochtones, redoutent un retour en arrière en cas de victoire de la droite, tout en reconnaissant les limites du pouvoir actuel.

Entre les étals des marchandes aux jupes colorées et les téléphériques hérités de l’ère Morales, El Alto incarne les espoirs et les doutes d’une Bolivie en quête de renouveau. Le choix des électeurs, dimanche, pourrait sceller le destin d’une nation à la recherche d’un nouvel équilibre.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus