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Kramatorsk, l’exode forcé des familles sous la menace des drones

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Alors que les frappes russes s’intensifient dans le Donbass, les autorités ukrainiennes ont déclenché l’évacuation des civils de l’agglomération de Kramatorsk, plaque tournante logistique du front oriental.

Angela Bolonze contemple, désemparée, le tas de sacs plastique débordant de vêtements qu’elle vient de récupérer d’un camion d’évacuation. Cette mère de famille compte parmi les premiers habitants à avoir quitté leur domicile dans la périphérie de Kramatorsk, conformément aux ordres d’évacuation décrétés pour les foyers avec enfants. La ville, qui abritait 150 000 âmes avant le conflit, a vu sa population réduite des deux tiers depuis le début des hostilités.

Kramatorsk représente un enjeu stratégique majeur dans le dispositif défensif ukrainien. Ancien bastion séparatiste brièvement occupé en 2014, la cité constitue aujourd’hui le principal centre logistique des forces ukrainiennes sur le front du Donetsk. La décision d’évacuer certaines zones résidentielles illustre la dégradation de la situation sécuritaire, alors que la ligne de contact n’est plus qu’à une vingtaine de kilomètres. « Dès l’annonce des évacuations, les départs se sont multipliés », confie Angela d’une voix éteinte.

La menace des drones explosifs russes FPV a précipité sa décision de fuir avec ses deux filles. « Des véhicules civils et militaires ont été incendiés près de chez nous », rapporte-t-elle. Ces derniers mois, Moscou a accru la pression sur les villes de Droujkivka et Kostiantynivka, postes avancés protégeant Kramatorsk, en multipliant les assauts de drones. Le 5 octobre, un de ces engins a même frappé le centre-ville, marquant une escalade inédite.

La tension est palpable aux abords de l’agglomération. Sur la route menant à Droujkivka, les véhicules filent à vive allure sous des filets anti-drones déployés en couverture. Des militaires s’affairent autour d’un blindé endommagé, rappelant que toute immobilisation peut s’avérer fatale. Dans un centre médical de stabilisation, le personnel soignant œuvre dans des conditions extrêmes pour prendre en charge les blessés du front.

« La majorité des traumatismes proviennent des FPV », indique un médecin de 34 ans. L’extension de la portée des drones a transformé la ligne de front en une « zone létale » s’étendant sur une vingtaine de kilomètres. Les fantassins, souvent bloqués en première ligne pendant des mois, dépendent désormais des drones pour leur ravitaillement en munitions et nourriture.

Les rotations de troupes s’effectuent dans des conditions périlleuses. Les soldats parcourent une dizaine de kilomètres à pied, dissimulés sous des couvertures spéciales pour échapper aux détections thermiques. Un militaire ayant requis l’anonymat souligne que ces mouvements sont devenus plus dangereux que les positions de combat elles-mêmes. La menace s’est encore complexifiée avec l’infiltration de groupes russes déguisés en soldats ukrainiens ou en civils, brouillant davantage les lignes.

Alors que les évacuations s’étendent à d’autres villes comme Sloviansk, Angela Bolonze a dû se résoudre à laisser sur place sa mère, son frère et sa belle-mère, refusant d’abandonner la ferme familiale. Elle rejoint désormais sa sœur à Zaporijjia, ville du sud qui a subi la même nuit une attaque combinée de drones, missiles et bombes planantes.

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