Monde
Kaboul : l’étonnante quiétude du cimetière britannique, vestige colonial oublié


En plein cœur de la capitale afghane, ce lieu chargé d’histoire accueille désormais plus de silence que de visiteurs, sous la garde d’une famille dévouée depuis des générations.
Niché dans un quartier discret de Kaboul, le cimetière britannique demeure un îlot de tranquillité malgré les soubresauts de l’histoire afghane. Fondé au XIXe siècle pendant l’occupation coloniale anglaise, ce terrain enclavé abrite les sépultures de militaires, diplomates et aventuriers étrangers, dont de nombreux soldats de la coalition internationale ayant combattu jusqu’en 2021.
Aujourd’hui, les allées bordées d’arbres fruitiers et de rosiers ne résonnent plus des cérémonies officielles d’antan. Seuls quelques curieux osent encore franchir le portail marqué d’une simple inscription en anglais, sous le regard bienveillant d’Aynullah Rahimi. Ce gardien de 56 ans perpétue une tradition familiale vieille de plusieurs décennies, veillant sur près de 150 tombes souvent marquées par les conflits qui ont secoué le pays.
Les stèles racontent à elles seules un pan méconnu de l’Afghanistan : officiers tombés pendant les guerres anglo-afghanes, humanitaires, journalistes, ou encore la dernière inhumée en 2019, une Américaine dont la famille avait tissé des liens profonds avec le pays. Certaines pierres portent encore les impacts de balles, témoins silencieux des violences passées.
Contrairement aux cimetières locaux, l’endroit reste interdit aux Afghanes depuis le retour des talibans, qui appliquent une politique stricte de ségrégation sexuelle. Pourtant, les nouveaux maîtres du pays semblent ignorer ce lieu, laissant Rahimi et ses fils entretenir les tombes et les jardins sans ingérence.
« Personne ne vient plus, sauf quelques voyageurs intrépides », confie le gardien, dont la famille a refusé l’exil au Royaume-Uni par attachement à ce patrimoine. Entre les murs épais du cimetière, le temps semble suspendu, comme si les tumultes de Kaboul n’atteignaient pas ce havre où se mêlent mémoire coloniale et résilience afghane. Un paradoxe vivant dans une capitale en pleine mutation.





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