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Ion Iliescu, figure controversée de la transition roumaine, s’éteint à 95 ans

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L’ancien président, artisan de l’intégration européenne du pays, laisse derrière lui un héritage politique marqué par des accusations judiciaires et des divisions persistantes.

Hospitalisé depuis début juin pour un cancer du poumon, Ion Iliescu s’est éteint mardi à Bucarest à l’âge de 95 ans. Issu d’un milieu modeste, cet ingénieur formé à Moscou avait rapidement gravi les échelons du régime communiste avant de devenir ministre sous Ceausescu. Après la chute du dictateur en 1989, il s’était imposé comme une figure centrale de la transition, prenant la tête du Front du salut national (FSN) dans un contexte de violences et d’incertitudes.

Son élection triomphale en 1990, avec 85 % des voix, n’avait pas suffi à effacer les soupçons pesant sur son rôle lors des troubles post-révolutionnaires, marqués par des centaines de morts. Opposé à toute épuration des anciens cadres communistes, il avait suscité la controverse en réprimant les manifestations étudiantes de 1990, faisant appel à des mineurs pour mater la contestation. Malgré ces épisodes, il avait conduit la Roumanie vers l’économie de marché et supervisé son entrée dans l’Otan et l’Union européenne.

Homme discret, souvent décrit comme affable et cultivé, Iliescu cultivait une image de probité, se présentant comme un dirigeant « pauvre mais honnête ». Pourtant, son parcours a été assombri par des accusations de crimes contre l’humanité, liées aux violences de 1989 et de 1990. Inculpé à deux reprises, il n’a jamais comparu devant un tribunal, rejetant farouchement ces accusations qu’il qualifiait de « honte nationale ».

Populaire dans les zones rurales pour son style paternaliste, il était en revanche critiqué par une partie de l’intelligentsia, qui voyait en lui le symbole d’un néo-communisme clientéliste. Malgré ces divisions, il avait récemment apporté son soutien au président pro-européen Nicusor Dan, signe d’un positionnement toujours ancré dans les réalités politiques du pays. Sa disparition clôt un chapitre complexe de l’histoire roumaine, entre aspirations démocratiques et héritages controversés.

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