Monde
Hunza, la vallée pakistanaise où les femmes brisent les codes


Dans cette région montagneuse, les femmes exercent des métiers traditionnellement masculins, portées par une éducation solide et une communauté progressiste.
Au cœur des montagnes du Karakoram, une révolution silencieuse se joue. Dans la vallée de Hunza, au Pakistan, des femmes charpentiers, restauratrices ou footballeuses défient les normes sociales d’un pays où les inégalités de genre restent profondes. Cette exception s’explique par l’héritage unique des Ismaéliens, une branche minoritaire de l’islam chiite guidée par l’Aga Khan, dont les investissements historiques dans l’éducation ont transformé le destin des habitantes.
Bibi Amina, pionnière dans l’ébénisterie, incarne cette évolution. Alors qu’elle était moquée pour son choix de carrière il y a quinze ans, elle dirige aujourd’hui une entreprise florissante employant une vingtaine de femmes. Comme elle, des centaines d’autres ont été formées grâce à des projets locaux, comme la rénovation du fort Altit. Le taux d’alphabétisation avoisine ici les 97 %, un record dans un pays où plus de la moitié des femmes ne savent ni lire ni écrire.
Pourtant, même à Hunza, les mentalités ont mis du temps à changer. « On nous assignait autrefois aux tâches domestiques », confie Bibi Amina. Mais la nécessité économique a eu raison des préjugés : dans cette région aux ressources limitées, travailler est une question de survie. Lal Shehzadi, ancienne épouse d’un militaire, en a fait l’expérience. Avec ses économies, elle a ouvert une cantine réputée pour ses spécialités locales, employant aujourd’hui onze personnes. Son histoire ressemble à celle de Safina, qui a troqué son salaire dérisoire de femme de ménage contre un commerce prospère, grâce à la vente de son bétail familial.
Le sport aussi devient un vecteur d’émancipation. Alors que le cricket domine ailleurs, le football féminin s’épanouit ici, avec des équipes dans chaque village. Des joueuses comme Nadia Shams ou Fahima Qayyum, inspirée par l’ex-Mondiale Malika-e-Noor, rêvent de carrières internationales et de bourses d’études.
Si Hunza montre la voie, le reste du Pakistan peine à suivre. Seules 25 % des femmes y travaillent, et beaucoup renoncent sous la pression familiale. Pourtant, comme le soulignent les experts, l’autonomie économique féminine réduit la pauvreté et le travail infantile. Dans cette vallée isolée, les femmes prouvent que l’éducation et l’opportunité peuvent renverser l’ordre établi.





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