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Des réfugiés juifs ukrainiens tissent des liens à Varsovie

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Dans la capitale polonaise, une communauté d’exilés âgés trouve réconfort et solidarité au sein d’un club dédié à l’échange et au soutien mutuel.

Autour de tasses fumantes, une dizaine de personnes échangent dans une salle du centre communautaire juif de Varsovie. Ces réfugiés, pour la plupart septuagénaires, ont fui l’Ukraine après l’invasion russe en 2022. Chaque semaine, ils se retrouvent au club « Parlons-en », un espace de parole et de reconstruction animé par Janna Maïsterenko, elle-même originaire de Kharkiv.

Cette femme de 71 ans, ancienne directrice d’un centre culturel juif dans sa ville natale, a mis sur pied cette initiative pour répondre aux besoins psychologiques de ses pairs. « Beaucoup souffraient d’isolement et de détresse. Il fallait créer un lieu où ils puissent partager leurs expériences », explique-t-elle. Depuis son arrivée en Pologne, elle a accompagné plus d’un millier de compatriotes dans leurs démarches administratives et leur installation.

Parmi les habitués, Evguénia Fogel, 76 ans, évoque l’importance de ces rencontres. « Nous portons tous un poids immense. Ici, nous nous sentons compris. » Vladimir Levin, historien amateur, enrichit ces rendez-vous en enseignant l’histoire juive, un sujet longtemps occulté en Union soviétique. « Nous redécouvrons nos racines », confie-t-il.

Galina Ivannitskaïa, guide touristique à Kiev avant son exil, a trouvé une nouvelle vocation en faisant découvrir le patrimoine juif de Varsovie. « Ces échanges m’ont donné les clés pour transmettre cette mémoire », souligne-t-elle.

Si la nostalgie du pays demeure vive, les conditions matérielles se durcissent. Les financements destinés aux réfugiés s’amenuisent, menaçant la pérennité de certaines activités. Malgré tout, Janna Maïsterenko garde espoir. « La communauté juive locale nous a tendu la main. Cette solidarité, c’est ce qui nous permet de tenir », affirme-t-elle.

En toile de fond, les psychologues pointent un phénomène profond. Le traumatisme de la guerre réactive chez beaucoup les récits familiaux liés à la Shoah, créant une douleur à double détente. « Cette génération porte en elle les stigmates du passé, tout en vivant une nouvelle épreuve », analyse une spécialiste.

Dans ce contexte, le club représente bien plus qu’un simple lieu de rencontre. Il incarne un refuge, où se mêlent souvenirs, résilience et espoir d’un retour, un jour, sur une terre apaisée.

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