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Des catholiques de Chicago en dissidence face à la politique migratoire de Trump

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Dans la ville natale du pape Léon XIV, des fidèles expriment leur profond désaccord avec les méthodes répressives des autorités fédérales, créant une fracture au sein d’une communauté traditionnellement conservatrice.

Des paroissiens de Chicago manifestent leur désarroi face aux opérations menées par les services de l’immigration dans leur ville. Le père Brendan Curran observe que de nombreux catholiques qui avaient soutenu le retour de Donald Trump à la présidence se disent aujourd’hui consternés par les interventions musclées des forces fédérales. Le religieux rapporte un sentiment généralisé d’incompréhension parmi ces électeurs, qui estiment ne pas avoir voté pour ce type de mesures.

L’administration républicaine mène depuis le début de l’année une vaste opération de lutte contre l’immigration irrégulière, qualifiée par le président d’« invasion » par des « criminels étrangers ». Cette rhétorique et les actions qui l’accompagnent rencontrent une opposition croissante dans la troisième ville du pays, où près d’un tiers des habitants sont d’origine latino-américaine, souvent de confession catholique.

Le souverain pontife, natif de Chicago, a lui-même pris position contre la politique migratoire américaine. Tout en reconnaissant les convergences entre l’Église et les républicains sur la question de l’avortement, Léon XIV a dénoncé le « traitement inhumain réservé aux migrants » et interrogé la cohérence des positions prétendument « pro-vie ».

Dans le quartier majoritairement hispanique de Little Village, la commerçante Arielle Santoyo témoigne de la désillusion qui gagne sa communauté. Les engagements du président sur les valeurs traditionnelles séduisaient, mais les arrestations spectaculaires et l’usage de la force créent un malaise grandissant. Des proches et des membres de sa famille expriment leurs regrets, admettant ne pas avoir anticipé ces conséquences.

La contestation s’organise autour d’actions symboliques. Le pasteur Gary Graf a entamé une marche de 1 300 kilomètres depuis la maison d’enfance du pape jusqu’à la statue de la Liberté. Récemment, plusieurs centaines de personnes ont participé à une procession eucharistique entre une église catholique et le centre de rétention administratif de Broadview, tentative infructueuse d’établir un contact avec les personnes détenues.

Pour le père Curran, ces mesures répressives menacent la mission fondamentale de l’Église. « Lorsque nourrir les affamés, vêtir ceux qui sont nus et loger les sans-abri devient potentiellement criminel, notre pays traverse une crise profonde », affirme-t-il. Lors d’une veillée de prière devant les locaux des services de l’immigration, une vingtaine de fidèles ont récité le chapelet sous le vrombissement des hélicoptères, implorant l’ouverture des cœurs parmi les décideurs.

L’avocat en droit des migrants Royal Berg présent sur place qualifie ces politiques de « contraires aux valeurs américaines », dénonçant une « cruauté » institutionnelle là où le pape prône la compassion. Ces critiques sont rejetées par les soutiens de l’administration, dont certains assimilent le souverain pontife à une figure « woke » et « marxiste ». La fracture idéologique traverse désormais les communautés religieuses, révélant les tensions entre convictions morales et alignement politique.

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