Faits Divers
Cinq arrestations près d’une base américaine en Angleterre, un éventuel commanditaire étranger en filigrane
Cinq hommes de nationalité britannique ont été interpellés au petit matin près d’une base de la Royal Air Force utilisée par l’armée américaine, avant…

Cinq hommes de nationalité britannique ont été interpellés au petit matin près d’une base de la Royal Air Force utilisée par l’armée américaine, avant d’être relâchés sous caution. La police antiterroriste dit explorer plusieurs pistes, dont celle d’un État étranger, de quoi faire réagir vivement Washington.
Les faits remontent au dimanche matin. Cinq Britanniques âgés de 23 à 25 ans ont été arrêtés aux abords de la base de Fairford, dans le sud-ouest de l’Angleterre, un site que l’armée de l’air américaine utilise dans sa campagne contre l’Iran. Les griefs retenus par les enquêteurs portent sur des infractions à la législation sur les explosifs et sur une préparation d’acte terroriste. Leur image a circulé partout. On les y voit assis au sol, torse nu et menottés au moment de leur interpellation, et plusieurs quotidiens en ont fait leur une dès le lendemain.
La suite a de quoi surprendre. Dans la journée, les cinq hommes ont retrouvé la liberté, sous caution. De quoi nourrir les questions, y compris au sommet de l’appareil antiterroriste britannique. Son responsable a prévenu que le dossier était loin d’être refermé et que toutes les hypothèses restaient sur la table, y compris celle d’un acte commis pour le compte d’un État étranger, sciemment ou non. Les habitants du secteur, évacués par précaution, ont pu regagner leurs logements en début de soirée. Selon plusieurs médias, les explosifs découverts n’étaient pas opérationnels. Une réunion de crise a par ailleurs été convoquée.
L’alerte, elle, est venue du terrain. Une agricultrice raconte avoir appelé la police dans la nuit de samedi à dimanche, après avoir repéré trois véhicules suspects qui semblaient se diriger vers la base. Rentrant d’une soirée, elle dit avoir croisé un groupe important d’hommes masqués. « Il semble que quelqu’un ait gravement failli à sa tâche dans cette affaire », déplore-t-elle. Le ministre de la Défense a salué sa réactivité, tout en soulignant qu’elle ne disposait que d’une vue partielle de la situation.
Outre-Atlantique, la décision a mal passé. Le président américain s’est dit étonné de cette remise en liberté, assurant que lui n’aurait pas agi de la sorte. Interrogé sur un éventuel rôle iranien, il a lâché que c’était possible, sans en dire davantage. Son chef de la diplomatie s’est montré encore plus direct, affirmant que l’affaire impliquait de toute évidence un acteur étranger, tout en refusant d’entrer dans les détails.
À Téhéran, on rejette en bloc. L’ambassade d’Iran à Londres a qualifié de spéculations infondées et malveillantes toute évocation d’un lien avec ce dossier. La coordinatrice nationale de la lutte antiterroriste a reconnu comprendre les interrogations que l’affaire fait naître sur le plan géopolitique, avant de demander du temps et du calme pour que l’enquête soit menée avec rigueur. Le contexte, lui, pèse déjà lourd. Londres a accusé récemment l’Iran et la Russie de s’appuyer sur des intermédiaires pour conduire des activités criminelles sur le sol britannique.
Reste le lieu, qui n’a rien d’anodin. En mars, le Royaume-Uni a autorisé les États-Unis à se servir de Fairford pour des opérations défensives ciblant l’Iran, notamment afin de détruire des missiles iraniens. Depuis, des bombardiers et d’autres appareils américains y sont régulièrement observés au décollage comme à l’atterrissage. En juillet, les Gardiens de la Révolution iraniens ont averti que toute base servant à lancer des frappes contre leur pays serait considérée comme une cible légitime. Fairford fait office de point d’appui pour l’armée de l’air américaine depuis la guerre froide, et a déjà accueilli des opérations lors de la guerre du Golfe, au début des années 1990, puis pendant la guerre en Irak de 2003.
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