Économie
Un été à 40 degrés offre un millésime cinq étoiles au Piémont
Près d’Asti, les vendanges 2026 affichent une qualité et une quantité rares, portées par les réserves d’eau accumulées au printemps. Sauf que les caves…


Près d’Asti, les vendanges 2026 affichent une qualité et une quantité rares, portées par les réserves d’eau accumulées au printemps. Sauf que les caves débordent déjà, et la filière italienne serre les volumes.
Sur les collines d’Agliano Terme, dans le Piémont, une poignée de vendangeurs bouclaient les dernières grappes de Barbera. Le cépage signe l’un des rouges les plus répandus de la région, et cette année, la récolte a démarré fin juillet. Du jamais vu, souffle Filippo Mobrici, 59 ans, qui préside le Consorzio Barbera d’Asti. Certaines feuilles commencent pourtant déjà à jaunir sous le soleil.
La situation a de quoi surprendre. L’été 2026 a été le plus chaud jamais mesuré dans ce coin du nord de l’Italie, coincé entre les Alpes et la plaine du Pô, avec une moyenne de 21,6 °C et des pointes à 40 °C début août du côté d’Agliano Terme. Malgré cela, la vigne a tenu bon. Un hiver pluvieux et un début de printemps tout aussi arrosé lui ont constitué des réserves d’eau suffisantes pour amener le raisin à maturité dans de bonnes conditions, explique Filippo Mobrici. Les vignerons ont aussi laissé davantage de feuillage que d’habitude pour faire de l’ombre aux grappes. Résultat, un millésime cinq étoiles, autant en quantité qu’en qualité.
Sauf que le vin ne manque pas, bien au contraire. Les caves sont pleines et les producteurs de l’appellation Barbera d’Asti ont choisi de réduire la voilure, en abaissant les rendements de 90 à 85 quintaux par hectare. L’Italie a produit trop ces dernières années et n’arrive plus à écouler sa marchandise, sur des marchés bousculés par les taxes américaines et par des jeunes générations qui boivent un peu moins. Fin juillet, les stocks du premier producteur mondial de vin grimpaient de 6,9 % sur un an, l’équivalent de plus de 5,6 milliards de bouteilles, soit près d’une année de production.
Les chiffres du premier semestre donnent le tournis. Marché atone, réserves au plus haut depuis quatre ans, prix en recul de 10 % en moyenne sur un an. Le Prosecco, lui, garde les plus gros stocks mais continue de bien se vendre et de s’exporter. Les rouges traditionnels des Pouilles et de Toscane encaissent plus durement. Dans le Piémont, certains viticulteurs ont même transformé une partie de leur production en vinaigre. En juillet, le président de l’Union italienne des vins, Lamberto Frescobaldi, a appelé à assumer des choix courageux, même impopulaires. Il pointe le déclassement de raisins issus d’appellations parfois prestigieuses, finalement vendus comme des vins plus ordinaires. Une bouteille sur cinq était concernée début 2026, ce qui a tiré les prix vers le bas. Pour l’organisation, la production doit être calée sur le marché, donc revue à la baisse, et l’installation de nouvelles vignes freinée. Début août, Lamberto Frescobaldi s’est même dit ouvert à des arrachages, encore dépourvus de plan national comme en France.
À Agliano Terme, Filippo Mobrici reconnaît que sa zone est moins malmenée que d’autres, et il balaie l’idée d’arracher des pieds de vigne. Pour nous, les vignobles ne sont pas qu’un outil de production, dit-il. Ils racontent notre culture et tiennent un rôle clé dans l’aménagement et la préservation du territoire. Nous ne voulons pas nous déraciner. Quelques kilomètres plus au sud, à San Marzano Oliveto, Luca Garberoglio, 41 ans, savoure lui aussi une belle récolte et juge les stocks gérables à l’échelle du petit territoire du Barbera d’Asti. Son domaine familial, Carussin, a grimpé en gamme avec des vins bio exportés jusqu’en Scandinavie, quelques années après l’envolée du Barolo, le roi des vins piémontais. Il lui reste 110 hectolitres du millésime 2025, de quoi tenir le marché jusqu’en mars 2027.
Et le vin lui-même n’est plus tout à fait le même. Longtemps dominé par des notes de cerise et de prune, le Barbera d’Asti glisse de plus en plus vers des arômes plus concentrés de mûre et de cassis, constate Luca Garberoglio après dégustation. Le changement climatique se lit désormais dans le verre.
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