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Culture

Lolita, l’avatar musical qui divise la Roumanie

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Une chanteuse générée par intelligence artificielle connaît un succès phénoménal, suscitant à la fois l’engouement du public et de vives critiques au sein de la communauté rom, qui y voit une appropriation culturelle problématique.

Le paysage musical roumain est traversé par un débat inédit, né de l’ascension fulgurante de Lolita Cercel. Cette artiste virtuelle, dont les clips accumulent des millions de vues, est devenue en quelques semaines une célébrité médiatique. Son existence algorithmique interroge toutefois la place des créateurs humains et soulève des questions profondes sur la représentation culturelle.

Pour une partie de la communauté rom, le phénomène Lolita est perçu comme une forme d’effacement. Plusieurs artistes et militants pointent le paradoxe d’une culture rom largement mise en scène par une entité numérique, tandis que les interprètes issus de cette minorité peinent à obtenir une reconnaissance équivalente. La chanteuse Bianca Mihai, âgée de vingt-cinq ans, exprime un sentiment d’injustice, estimant que son travail acharné est éclipsé par un avatar. Elle dénonce par ailleurs l’utilisation de stéréotypes à des fins commerciales, une démarche qu’elle juge blessante.

Le contenu des productions de Lolita alimente ces critiques. L’une de ses vidéos les plus populaires la montre incarnant une figure stéréotypée, évoquant son rejet dans des termes considérés comme clichés. Pour Bogdan Burdusel, militant rom, cette représentation relève d’un « racisme latent », cristallisant selon lui un attrait pour certains aspects culturels tout en rejetant les personnes qui en sont à l’origine. Il déplore notamment une forme de sexualisation répondant, selon ses termes, au « fantasme d’un non-Rom ».

Le créateur de Lolita, un designer visuel se présentant sous le pseudonyme de Tom, affirme quant à lui n’avoir cherché à offenser personne. Il défend son personnage comme une synthèse des réalités balkaniques, plutôt que comme l’incarnation d’une ethnie spécifique. Tout en reconnaissant s’être inspiré de musiques traditionnelles pour leur « vérité crue », il se dit auteur des textes mais avoir eu recours à l’intelligence artificielle pour la composition musicale et la réalisation visuelle. L’ampleur du succès l’a, avoue-t-il, surpris.

Des observateurs du secteur musical sont moins étonnés. Grigore Burloiu, universitaire spécialisé dans les technologies interactives, estime que l’industrie a elle-même préparé le terrain en privilégiant depuis longtemps des formules éprouvées. L’intelligence artificielle, excellant selon lui à identifier et reproduire le plus petit dénominateur commun, trouve dans ce contexte un terrain fertile. Ce constat laisse toutefois des artistes comme Bianca Mihai dans une position difficile, partagée entre plusieurs activités pour subsister et convaincre de son talent, avec le sentiment que l’espace qui lui est accordé se réduit.

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