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Soudan, la capitale sous la menace invisible

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Trois ans après le début du conflit, Khartoum entame un colossal travail de dépollution. Les rues et les parcs, minés par des années de combats urbains, représentent un péril permanent pour une population qui tente de revenir.

Dans le parc d’Al-Mugran, à Khartoum, la terre est marquée de deux couleurs. Le jaune délimite les zones sécurisées, tandis que le rouge, orné de têtes de mort, signale un interdit absolu. Sous une chaleur accablante, des équipes spécialisées progressent centimètre par centimètre, équipées de détecteurs et de protections intégrales. Hussein Idris, démineur depuis deux décennies, scrute le sol avec une concentration extrême. À soixante ans, il participe à la réhabilitation de cet espace autrefois fréquenté par les familles, aujourd’hui truffé de pièges mortels. Le parc, qui commande l’unique accès occidental au centre-ville, fut un point de friction stratégique lors des affrontements. Son déminage est une priorité.

La stratégie militaire qui a présidé à la pose de ces engins était claire. Il s’agissait moins de tuer que de mutiler et de saper le moral de l’adversaire. Les dispositifs antipersonnel, de petite taille, étaient dissimulés dans des zones offrant un abri apparent, comme derrière les arbres ou les buissons. Le premier engin découvert reposait ainsi au pied d’un palmier, sur un terre-plein central. Les alentours portent encore les stigmates des combats, émaillés d’éclats d’obus et de douilles vides. Depuis le début des opérations sur ce site, plusieurs centaines d’objets dangereux ont été extraits, dont une vingtaine de mines antipersonnel. Les responsables estiment que quatre-vingts pour cent du parc sont désormais sécurisés.

Cette opération, aussi méticuleuse soit-elle, ne représente qu’une infime partie du défi à relever. L’ensemble de la capitale est contaminé par des engins non explosés, des roquettes, des obus d’artillerie et des bombes incendiaires projetées à l’intérieur des habitations. Le paysage urbain, ravagé, témoigne de la violence des combats. Des immeubles éventrés côtoient des rues où rouillent parfois des projectiles de char. Plus d’un million et demi de personnes sont revenues à Khartoum depuis que les forces régulières en ont repris le contrôle, s’installant majoritairement dans des secteurs déclarés sûrs. Cependant, de nombreux quartiers demeurent déserts, leurs anciens habitants hésitant à regagner des foyers devenus périlleux.

Des cas alarmants sont régulièrement signalés. Des familles ont retrouvé des grenades dans leur salon, et un explosif a récemment été découvert aux abords d’une école maternelle. Ces derniers mois, des dizaines de civils ont été victimes d’accidents, tués ou blessés après avoir involontairement activé des restes explosifs de guerre. Les autorités affirment avoir neutralisé des dizaines de milliers de ces engins à travers la ville. Des organisations humanitaires internationales participent activement à cet effort colossal de dépollution, ayant déjà retiré plusieurs milliers de composants explosifs. Malgré ces actions, le danger reste omniprésent et insidieux, dans une métropole où la vie tente péniblement de reprendre son cours.

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