Économie
La face cachée de la livraison à vélo
Une enquête de Médecins du Monde révèle la précarité extrême et les risques sanitaires auxquels sont exposés les coursiers des grandes plateformes en France.
Les livreurs à vélo des applications de livraison alimentaire cumulent des journées interminables pour des revenus modestes, dans un climat marqué par l’insécurité et la détérioration de leur état de santé. Une étude menée auprès de plus d’un millier d’entre eux à Paris et Bordeaux dresse un constat alarmant sur leurs conditions d’existence.
Ces travailleurs, majoritairement employés par les géants du secteur, déclarent consacrer en moyenne soixante-trois heures par semaine à leur activité, pour une rémunération mensuelle brute avoisinant les mille cinq cents euros. La grande majorité d’entre eux sont des personnes immigrées, et une proportion significative évolue sans titre de séjour régulier, une situation qui les rend particulièrement vulnérables.
Le quotidien professionnel est émaillé de difficultés récurrentes. Près de six livreurs sur dix affirment avoir subi des comportements discriminatoires de la part de clients ou de restaurateurs. Les agressions, qu’elles soient verbales ou physiques, sont fréquemment rapportées. Une pratique illégale mais répandue consiste, pour ceux en situation irrégulière, à louer le compte d’un tiers, s’exposant ainsi à des retards de paiement ou à des menaces.
Bien que juridiquement considérés comme indépendants, les coursiers subissent une forme de subordination étroite imposée par les algorithmes des plateformes. Ce système de gestion génère un stress permanent et un sentiment de surveillance, une grande partie des travailleurs admettant suivre scrupuleusement les consignes par crainte de déconnexion. Cette pression organisationnelle a été identifiée par les autorités sanitaires comme un facteur de risque.
Les conséquences sur la santé sont tangibles et multiples. Les troubles musculo-squelettiques, affectant le dos, les épaules ou les genoux, sont courants. S’y ajoutent des problèmes urinaires liés à l’absence d’accès à des sanitaires, ainsi qu’une fatigue chronique pouvant conduire à des états anxieux ou dépressifs. Les accidents de la route concernent plus de la moitié des personnes interrogées, et la majorité d’entre eux entraînent des blessures.
L’accès aux soins reste problématique pour une partie de ces travailleurs, en raison d’obstacles administratifs ou financiers. Seuls deux tiers d’entre eux bénéficient d’une couverture maladie. Ce tableau intervient dans un contexte législatif en évolution, l’Union européenne ayant récemment acté un texte visant à requalifier en salariés une partie des livreurs actuellement sous statut d’indépendant. Les États membres disposent désormais d’un délai de deux ans pour transposer cette directive.
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