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Culture

Un nouveau souffle pour la mode congolaise

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Au cœur de Kinshasa, un institut de formation inédit forme une nouvelle génération de créateurs, mêlant héritage de la Sape, innovation et vision entrepreneuriale pour structurer un secteur encore fragile.

Dans un ancien hangar du port de Kinshasa, face au fleuve Congo, l’effervescence contraste avec le ballet des camions. Sur un tapis de gazon synthétique, de jeunes mannequins répètent leur défilé. Cette scène marque l’émergence de l’Institut régional de la mode en Afrique (IRMA), qui accueille depuis quelques mois sa première promotion d’étudiants venus de divers pays du continent. L’établissement propose une formation gratuite aux métiers de la couture et à la gestion d’entreprise dans ce domaine.

Le projet, soutenu par des partenaires internationaux, ambitionne de former plus de deux cents jeunes d’ici à 2026. Il vise à structurer une filière locale face à la concurrence des importations à bas coût et à valoriser les talents africains. La directrice, Sidonie Latere, présente les lieux comme un laboratoire créatif pour l’Afrique centrale, doté d’un studio photo, d’une bibliothèque et d’un espace d’exposition.

Les collections présentées par les apprentis stylistes témoignent d’une double inspiration. Elles rendent hommage à la Sape, ce mouvement d’élégance vestimentaire né à l’époque coloniale, tout en intégrant une démarche résolument contemporaine axée sur l’upcycling et les matériaux naturels. Des pièces sont ainsi confectionnées à partir de vieux rideaux, de toiles de jute ou de sacs plastiques, associés à des fibres végétales comme le raphia ou des perles naturelles. Cette approche répond à une volonté affirmée de s’éloigner de la fast-fashion et de ses impacts environnementaux.

Pour de nombreux étudiants, cette formation représente une opportunité inespérée. Certains, comme Jules Kumpava, ont vu en elle l’occasion de concrétiser une passion longtemps contrariée par le manque de débouchés et de structures d’accompagnement. L’institut ne se contente pas d’enseigner les techniques de coupe et de confection. Il insiste sur la dimension entrepreneuriale, cherchant à former des professionnels capables de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur, de la création à la commercialisation.

L’atelier est équipé d’une quarantaine de machines industrielles, d’imprimantes 3D et de presses à transfert, permettant une production accélérée et une montée en compétence technique. Ces équipements pourront à terme être mis à disposition de professionnels extérieurs, dans une logique de mutualisation des ressources. Selon la directrice, le véritable potentiel de développement du pays réside moins dans ses ressources minières que dans sa richesse culturelle et sa créativité. Cette initiative entend ainsi poser les premières pierres d’une industrie de la mode viable, créatrice d’emplois et porteuse d’une identité forte.

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