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Un mémorial taïwanais exhume la mémoire des prisonniers alliés de la Seconde Guerre mondiale

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Sur les hauteurs de New Taipei City, un lieu de recueillement rappelle le sort méconnu de milliers de soldats internés par l’armée japonaise.

Au cœur des montagnes verdoyantes de Jinguashi, à quelques encablures de Taipei, un monument discret porte gravés dans le granit plus de quatre mille noms. Ces patronymes anglo-saxons, souvent effacés des récits officiels, appartiennent à des militaires alliés capturés en Asie du Sud-Est entre 1942 et 1945. Le site, établi sur l’emplacement de l’ancien camp de Kinkaseki, compte parmi les douze structures pénitentiaires implantées par le Japon durant son occupation de Taïwan.

Longtemps ignorée, l’histoire de ces détenus – majoritairement américains et britanniques, mais aussi australiens ou néerlandais – commence seulement à émerger des limbes de la mémoire collective. Près de 430 d’entre eux périrent dans ces enceintes, victimes de conditions de détention extrêmes. Les survivants, marqués à vie, gardèrent souvent le silence, laissant dans l’ombre les épreuves subies.

Le camp de Kinkaseki, réputé pour sa mine de cuivre où les prisonniers étaient astreints au travail forcé, figurait parmi les plus redoutables de la région. Les témoignages recueillis auprès d’anciens détenus décrivent un quotidien rythmé par la faim, les maladies tropicales et les sévices. Certains médecins militaires, comme le Britannique Ben Wheeler, durent improviser des interventions chirurgicales sans anesthésie, avec des moyens de fortune.

Aujourd’hui, seuls quelques vestiges – un pan de mur, un portail – subsistent de ces installations. L’initiative privée d’historiens et d’associations permet néanmoins de maintenir le souvenir. Des visites guidées et des publications documentent désormais cette page méconnue, tandis que des familles de disparus continuent de rechercher des traces de leurs aïeux.

Cette mémoire fragmentée interroge la transmission historique à Taïwan, où cet épisode reste absent des manuels scolaires. Pour les rares visiteurs locaux, la découverte de ce pan d’histoire provoque souvent la stupéfaction. Une lacune que tentent de combler ceux qui, patiemment, reconstituent le puzzle mémoriel de ces hommes oubliés par les grandes narrations de la guerre.

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