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Plainte historique en Allemagne contre des responsables éthiopiens et érythréens pour atrocités au Tigré

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Huit survivants accusent douze hauts gradés de crimes contre l’humanité dans un conflit ayant fait des centaines de milliers de victimes.

Une action judiciaire d’envergure a été engagée en Allemagne contre des figures clés du conflit au Tigré. Huit rescapés, représentés par l’ONG suisse Legal Action Worldwide (LAW), ont déposé une plainte pénale visant douze responsables civils et militaires éthiopiens et érythréens. Les accusations portent sur des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis entre 2020 et 2022.

Les identités des accusés, comme celles des plaignants, restent confidentielles pour des raisons de sécurité et afin de ne pas compromettre d’éventuelles arrestations via Interpol ou Europol. Les autorités éthiopiennes et érythréennes n’ont pas réagi aux demandes de commentaires.

Ce conflit, l’un des plus sanglants du siècle, a opposé les rebelles tigréens aux forces fédérales éthiopiennes soutenues par l’armée érythréenne et des milices locales. Le bilan humain dépasse les 600 000 morts, selon les estimations. Pendant près de deux ans, la région a été coupée du monde, privée d’aide humanitaire, tandis que les rapports internationaux documentaient exécutions sommaires, tortures et violences sexuelles systématiques.

En septembre 2022, des experts de l’ONU avaient déjà qualifié ces exactions de crimes contre l’humanité. Un an plus tôt, un rapport conjoint des Nations unies et de la Commission éthiopienne des droits humains décrivait des « attaques aveugles contre les civils ».

Les avocats des victimes, dont le cabinet Oehmichen International et le Centre européen pour les droits constitutionnels, soulignent l’urgence de ces poursuites pour éviter l’impunité. « Cela apporterait la paix intérieure à moi et à la population du Tigré », confie l’un des plaignants, ayant perdu sa mère et son frère durant la guerre.

Si les armes se sont tues depuis l’accord de paix de novembre 2022, près d’un million de déplacés peinent à reconstruire leur vie. Les tensions persistantes entre l’Éthiopie et l’Érythrée, ainsi que des divisions politiques au Tigré, alimentent les craintes d’une reprise des violences.

L’Allemagne, qui applique le principe de compétence universelle, a déjà condamné des responsables syriens, irakiens et gambiens pour crimes internationaux. Cette nouvelle affaire pourrait marquer un tournant dans la quête de justice pour les victimes tigréennes.

*Publié le 24 mars 2024*

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