Culture
Philippe Lacheau, l’architecte du rire populaire
De la télévision aux succès incontestés du box-office, le parcours de l’acteur-réalisateur illustre une compréhension fine des attentes du public français. Son dernier film, « Marsupilami », marque une forme de consécration.
Plébiscité par les foules bien que parfois délaissé par une certaine critique, Philippe Lacheau s’est imposé comme une figure incontournable du cinéma de divertissement hexagonal. Depuis le triomphe inattendu de « Babysitting » en 2014, il enchaîne les performances commerciales avec une régularité confondante, bâtissant son empire sur un humour volontiers burlesque et accessible. Son nouveau long-métrage, « Marsupilami », qui sort cette semaine, représente pour lui un retour aux sources, lui qui rêvait enfant de devenir dessinateur de bande dessinée.
L’acteur, aujourd’hui âgé de quarante-cinq ans, confie avoir nourri très tôt une passion pour le septième art, notamment pour les comédies françaises et le cinéma américain des décennies 1980 et 1990. Sa carrière a pourtant commencé sur le petit écran. Avec son ami d’enfance Julien Arruti, il a tourné des centaines de sketches, d’abord sur Fun TV puis sur Canal+, suivant un chemin déjà tracé par d’autres humoristes devenus stars du grand écran. Cette période fut cependant suivie d’années difficiles, marquées par des projets avortés et des refus répétés, avant que la rencontre avec le producteur Marc Fiszman ne change la donne.
Le scénario de « Babysitting », produit avec un budget modeste, a connu un succès dépassant toutes les espérances, devenant l’une des productions les plus rentables de l’année. Cette réussite a scellé la méthode Lacheau, un mélange de persévérance et d’instinct. Ses collaborateurs soulignent sa capacité à discerner une histoire qui fonctionnera d’une autre qui ne séduira pas, ou un gag efficace d’une simple plaisanterie. En douze ans et six réalisations, aucun de ses films n’est passé sous la barre du million d’entrées, avec un record établi par « Alibi.com 2 ».
L’acteur-réalisateur assume pleinement son approche, qu’il qualifie de « populaire ». Il observe que son public se trouve davantage en province et dans les villes de taille moyenne, des territoires où il se sent parfaitement en phase, peut-être parce qu’il en est lui-même issu. À l’inverse, il reconnaît que ses films résonnent parfois moins dans les grandes métropoles, où les goûts peuvent être différents. Cette conscience aiguë de son audience est un élément clé de sa stratégie. Il parcourt systématiquement la France lors des avant-premières, échangeant avec les exploitants de salles pour saisir les réactions du public.
Grand admirateur de réalisateurs américains comme Steven Spielberg, Philippe Lacheau reste un fervent défenseur de l’expérience cinématographique en salle. Il a, à ce jour, résisté aux nombreuses sollicitations des plateformes de streaming, préférant le contact direct avec les spectateurs. Son parcours, fait de patience et d’une écoute constante, dessine le portrait d’un professionnel qui a su bâtir son succès sur une connexion unique avec le cœur de son public.
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