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Économie

L’ombre des puits, l’impasse de la transition

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Dans le cœur charbonnier sud-africain, des hommes descendent chaque jour dans des galeries sauvages pour extraire le minerai noir. Leur survie se heurte aux promesses d’une économie décarbonée qui peine à les intégrer.

Sous le soleil du Mpumalanga, une colline éventrée sert de porte d’entrée à un monde souterrain. Cyprial, qui rêvait autrefois du barreau, y passe désormais ses journées, la pioche à la main, dans l’obscurité absolue des boyaux de fortune. Avec des dizaines d’autres hommes, il extrait du charbon à la lueur vacillante de lampes frontales, poussant des brouettes surchargées vers la surface. Cette activité, qualifiée d’illégale par les autorités, constitue pour beaucoup l’unique source de revenus dans une région où le chômage frappe plus d’un tiers de la population active.

Le paradoxe est saisissant. Cette province produit l’essentiel de l’électricité sud-africaine, encore majoritairement issue du charbon, mais de nombreux habitants vivent dans des habitations précaires sans accès au réseau. Le minerai extrait à la force des bras est souvent revendu à des intermédiaires pour alimenter des cuisines et des chauffages domestiques, palliant ainsi le coût prohibitif de l’électricité officielle. Les travailleurs de l’ombre se définissent comme des mineurs artisanaux, une appellation qui revendique une légitimité économique et sociale face au terme péjoratif de clandestins.

Cette réalité persiste alors que l’Afrique du Sud s’est engagée dans une transition énergétique historique, soutenue par des financements internationaux substantiels. L’objectif affiché est de réduire la dépendance aux énergies fossiles tout en réparant les inégalités héritées de l’apartheid, période durant laquelle l’industrie minière était réservée à une minorité. Sur le terrain, cependant, la méfiance règne. Les communautés craignent d’être une nouvelle fois exclues des bénéfices économiques, que ce soit ceux de l’ancienne industrie ou ceux de la nouvelle économie verte.

Le gouvernement, pour sa part, voit dans ces excavations sauvages une menace pour la sécurité et l’économie nationale. Des efforts de régularisation sont en cours, avec un projet de loi visant à faciliter l’octroi de permis collectifs. Le processus se heurte à des obstacles administratifs et financiers considérables, nécessitant des investissements hors de portée pour la plupart de ces travailleurs. Les représentants des mineurs artisanaux plaident pour une accélération et une simplification des procédures, arguant qu’une transition véritablement juste doit inclure ceux qui dépendent aujourd’hui de cette ressource.

L’enjeu dépasse le seul charbon. Le sous-sol sud-africain recèle des minerais stratégiques, essentiels à la fabrication de technologies vertes comme les panneaux solaires ou les batteries de véhicules électriques. Pour les défenseurs des mineurs artisanaux, la pérennité de la transition repose sur leur intégration dans ces nouvelles filières, évitant ainsi de reproduire les schémas d’exclusion du passé. L’avenir énergétique du pays se joue aussi dans la capacité à transformer l’économie informelle qui persiste dans l’ombre de ses anciennes mines.

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