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L’esthétique de la bande dessinée réinvente l’univers vidéoludique

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L’arrivée des illustrateurs de BD dans le développement de jeux vidéo apporte une singularité artistique qui transforme profondément le paysage numérique, offrant aux titres une longévité esthétique remarquable.

Le studio français The Game Bakers a dévoilé lors de la Paris Games Week son prochain projet, Cairn, un titre d’escalade poétique qui bénéficie de la patte graphique de Mathieu Bablet, auteur de bande dessinée reconnu. Cette collaboration confère au jeu une identité visuelle distinctive dans un marché de plus en plus saturé. Prévu pour 2026 sur PC et PS5, Cairn propose aux joueurs de gravir une montagne monumentale en planifiant méticuleusement chaque ascension, tout en gérant l’épuisement progressif du personnage principal.

Le développement, engagé depuis 2021 par une équipe d’une vingtaine de personnes, a requis trois années de recherches afin de restituer avec authenticité les sensations de l’alpinisme en haute altitude. Lors de démonstrations, les visiteurs ont pu expérimenter le titre sous un mur d’escalade de sept mètres spécialement installé. Le gameplay se caractérise par une progression lente et réfléchie, où le joueur contrôle individuellement chaque mouvement de l’alpiniste, le tout baigné dans des décors aux ambiances crayonnées et des perspectives vertigineuses.

Pour incarner l’univers du mont Kami, les créateurs se sont tournés vers le talent de Mathieu Bablet, illustrateur grenoblois célèbre pour ses œuvres Carbone & Silicium et Shangri-La. La directrice du studio explique avoir recherché un artiste capable de magnifier les vastes paysages. The Game Bakers, à l’origine des succès Furi et Haven, a investi près de cinq millions d’euros dans cette production.

Bablet, amateur de jeux vidéo, avoue avoir été influencé par des titres emblématiques tels que Death Stranding ou Shadow of the Colossus. Toutefois, concevoir l’univers de Cairn s’est révélé être un défi artistique très éloigné de son processus créatif habituel en bande dessinée. Il a collaboré étroitement avec des infographistes 3D chargés de transposer son style dans l’environnement interactif, décrivant le rendu final comme une forme de peinture numérique.

Cette approche n’est pas entièrement nouvelle. Dès la fin des années 1990, des dessinateurs de bande dessinée ont commencé à apporter leur contribution au médium interactif. L’Amérzone, conçu par le Belge Benoît Sokal, fait figure de précurseur en la matière. D’autres artistes, comme Aleksi Briclot, ont également marqué leur passage dans l’industrie.

Aujourd’hui, de plus en plus de studios sollicitent des auteurs de bande dessinée pour se démarquer dans un contexte de forte concurrence, notamment sur des plateformes comme Steam. Pour Guillaume Singelin, illustrateur rennais, cette diversification a constitué une opportunité de toucher un public international, avec des retombées financières sensiblement plus favorables que celles du secteur de l’édition traditionnelle.

Au-delà de l’originalité, cet apport artistique permet aux jeux de conserver une beauté intemporelle, à l’écart des tendances éphémères du photoréalisme. Une valeur esthétique pérenne qui pourrait bien assurer à des titres comme Cairn une place durable parmi les références du jeu vidéo.

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