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Les Premières Nations face aux contrôles d’identité à Minneapolis

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Dans la métropole du Minnesota, des membres des communautés autochtones, pourtant citoyens américains, se voient contraints de porter ostensiblement leurs cartes tribales pour se prémunir contre des interpellations qu’ils jugent discriminatoires de la part des services de l’immigration.

Au cœur de Minneapolis, dans un centre communautaire, Jessica Glidden fait établir un document qu’elle considère désormais comme un bouclier. Cette membre de la tribu de Bois Forte obtient sa carte d’identité tribale, un acte devenu une précaution vitale pour nombre de ses concitoyens. La ville, épicentre récent d’opérations musclées des services de l’immigration, voit ses résidents autochtones s’organiser face à ce qu’ils perçoivent comme un ciblage racial.

L’agglomération de Minneapolis-Saint Paul abrite l’une des plus importantes populations amérindiennes des États-Unis, forte de plusieurs dizaines de milliers de personnes et historiquement engagée. Pour ses membres, la situation actuelle résonne comme un affront. Crow Bell Court, responsable d’une organisation de défense des intérêts autochtones, relate l’arrestation récente d’un proche, retenu une douzaine d’heures avant d’être libéré. Un épisode qui soulève une indignation profonde. Les communautés premières, présentes sur ces terres depuis des millénaires, se retrouvent sommées de prouver leur légitimité.

Cette atmosphère a transformé des lieux de vie en bastions. À Powder Wow Grounds, un café emblématique des quartiers sud, la porte reste verrouillée. Une affiche à l’entrée précise que l’établissement est ouvert à tous, à l’exception des agents de l’immigration. Le propriétaire, Robert Rice, exprime une colère partagée par beaucoup, estimant que ces pratiques constituent une insulte envers les peuples originaires.

En réponse, un mouvement s’est structuré. Des représentants de diverses nations, telles que la White Earth Nation, se déplacent jusqu’à Minneapolis pour aider leurs membres à se procurer les précieuses cartes tribales. Reconnues comme documents officiels par une loi fédérale centenaire, ces pièces d’identité sont désormais portées autour du cou par de nombreuses personnes, devenant un réflexe de protection au quotidien.

Pour Arlene Raymond, résidente depuis un demi-siècle, cette nécessité est amère. Habituée à ce qu’on lui suppose des origines hispaniques, elle constate que son apparence physique la place, elle aussi, sous le feu des soupçons. Elle décrit un climat de crainte permanent, une peur qui contraste avec le sentiment de sécurité auquel chacun aspire sur sa propre terre. Porter ce document pour affirmer son identité lui semble être un retour à des pages sombres de l’histoire, une régression inattendue à l’époque contemporaine.

Cette anxiété collective trouve un écho poignant non loin de là, à Fort Snelling. Ce site historique rappelle les épisodes tragiques du XIXe siècle, où des centaines d’Amérindiens furent détenus ou exécutés. Pour beaucoup, les contrôles actuels ravivent la mémoire de ces traumatismes, créant un sentiment de déjà-vu douloureux. La situation actuelle, bien que différente dans sa forme, réactive un sentiment d’injustice profond et la conviction que nul ne devrait vivre dans l’appréhension de devoir constamment justifier son droit d’être là.

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