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Les avocats parisiens en grève du zèle contre la réforme criminelle

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Une mobilisation inédite a paralysé les audiences du tribunal correctionnel de Paris ce vendredi. Les défenseurs ont transformé leurs plaidoiries en tribune pour dénoncer un projet de loi qu’ils jugent attentatoire aux droits fondamentaux.

Devant la vingt-troisième chambre du tribunal correctionnel de Paris, habituée aux audiences surchargées de la délinquance du quotidien, l’atmosphère était inhabituelle. Les avocats, certains arborant un badge de grève sur leur robe, ont fait de chaque comparution immédiate une tribune politique. Ils ont exprimé avec force leur opposition au projet de réforme de la justice criminelle porté par le garde des Sceaux.

Le texte, qui vise à désengorger les juridictions, prévoit notamment d’étendre aux crimes la possibilité de plaider coupable, sur le modèle existant pour les délits. Une mesure présentée comme un gain d’efficacité, mais que la profession perçoit comme le risque d’une justice expéditive et à deux vitesses, susceptible de générer des aveux sous contrainte. Pour les défenseurs, cette réforme ne s’attaque pas aux racines du mal.

Dans une plaidoirie introductive, une représentante du Conseil de l’ordre a ainsi souligné que le véritable allègement pour les victimes résiderait dans un meilleur accueil en commissariat et des délais d’enquête raccourcis, et non dans un raccourcissement des procédures. Sous le regard perplexe de prévenus, elle a dénoncé un projet jugé défavorable à l’intérêt de tous, qu’il s’agisse des parties civiles ou des personnes mises en cause.

La mobilisation s’est traduite par une stratégie de défense massive, avec la présence de plusieurs avocats par dossier dans des audiences où un seul défenseur commis d’office est habituellement présent. Cette tactique, promesse d’audiences interminables, visait à illustrer concrètement les dysfonctionnements d’une justice déjà à bout de souffle. Un avocat a évoqué ces jours où il a « mal à la justice », précisant qu’ils coïncidaient souvent avec les comparutions immédiates, où une « mort sociale » peut être décidée en quelques minutes.

Les critiques se sont aussi portées sur les conditions carcérales. Un défenseur, plaidant pour un homme souffrant de troubles psychiatriques, a imploré la cour de ne pas le placer en détention dans ce qu’il a qualifié de « cloaques infâmes ». Il a rappelé les condamnations de la France pour l’état de ses prisons, la surpopulation chronique et le retard dans la livraison de places nouvelles, s’insurgeant contre l’enfermement systématique des malades et des plus démunis.

Cette journée d’action, préfigurant une grève nationale annoncée pour le 13 avril, a suscité l’inquiétude des premiers présidents de cour d’appel. Dans un communiqué, ils ont estimé que ce mouvement ne ferait qu’aggraver l’engorgement des tribunaux, au détriment des justiciables. Une mise en garde à laquelle les avocats ont répondu par une prophétie sombre. Ils ont alerté les magistrats qu’en marginalisant le rôle de la défense, la justice risquait à terme de ne plus rendre de jugements, mais de simples décisions administratives.

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