Nous rejoindre sur les réseaux

Culture

Le retour d’une mémoire ébrié

Article

le

_**Après plus d’un siècle d’absence, un tambour sacré confisqué durant la période coloniale a retrouvé le sol ivoirien, marquant une étape symbolique dans un processus de restitution engagé par la France.**_

L’objet rituel, connu sous le nom de Djidji Ayôkwé, a été accueilli ce vendredi à l’aéroport international d’Abidjan. Appartenant à la communauté ébrié, ce tambour parleur avait été saisi par les autorités coloniales en 1916 avant d’être transféré en France douze ans plus tard. Il était depuis conservé dans les collections publiques françaises, d’abord au musée du Trocadéro, puis au musée du quai Branly-Jacques Chirac.

Son rapatriement fait suite à une cession officielle intervenue le mois dernier, autorisée par une loi spécifique. Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large de retour de biens culturels à leurs pays d’origine, initié il y a plusieurs années. Le Bénin et le Sénégal ont précédemment bénéficié de mesures similaires.

Transporté dans une caisse de bois spécialement conçue, le tambour, long de plus de trois mètres et pesant 430 kilogrammes, n’a pas été déballé pour la cérémonie. Il a été déposé sur le parvis du pavillon présidentiel de l’aéroport, sous les chants et les rythmes traditionnels des représentants ébriés.

La ministre ivoirienne de la Culture a salué un jour historique, évoquant une profonde émotion et un acte de justice. Pour les chefs coutumiers présents, le retour de cet artefact sacré représente un soulagement et une réappropriation essentielle de leur patrimoine. L’objet constitue en effet une pièce majeure du patrimoine immatériel ébrié, utilisée autrefois pour transmettre des messages, mobiliser les populations ou annoncer des cérémonies.

Dans un premier temps, le tambour sera placé dans un lieu sécurisé pour une période d’acclimatation, avant une présentation officielle au public. Son exposition définitive est prévue au musée des civilisations de Côte d’Ivoire, à Abidjan, qui a fait l’objet de travaux de rénovation en prévision de cet événement.

Le Djidji Ayôkwé est le premier objet d’une liste de 148 biens dont la restitution est réclamée par les autorités ivoiriennes. Face à l’ampleur des demandes émanant de plusieurs anciennes colonies, le législateur français a récemment adopté un texte visant à faciliter la sortie de ces biens des collections nationales, ouvrant la voie à de futurs retours.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus