Nous rejoindre sur les réseaux

Économie

Le périlleux convoi des citernes maliennes

Article

le

Au péril de leur vie, des centaines de routiers acheminent chaque jour le carburant vital pour le Mali, défiant les attaques jihadistes qui menacent les approvisionnements du pays.

Dans le nord de la Côte d’Ivoire, une file ininterrompue de camions-citernes s’étire vers la frontière malienne. À leur bord, des conducteurs affrontent un périple semé d’embûches, conscient que chaque voyage pourrait être le dernier. Le groupe jihadiste JNIM, affilié à Al-Qaïda, a décrété il y a deux mois l’interdiction totale du transport de carburant vers le Mali voisin. Depuis cette annonce, des centaines de véhicules ont été incendiés, transformant les routes en couloirs de la mort.

La stratégie des assaillants vise à asphyxier économiquement le Mali et sa junte militaire au pouvoir. En paralysant les approvisionnements, ils espèrent discréditer les autorités et gagner le soutien des populations locales. Cette insécurité structurelle pèse lourdement sur les conducteurs, contraints de naviguer entre nécessité financière et sentiment patriotique. Beaucoup expliquent poursuivre leur mission malgré les risques pour éviter que leurs compatriotes ne souffrent de pénurie.

Les témoignages recueillis le long des 300 kilomètres séparant Niakaramandougou de Tengréla révèlent un mélange de résignation et de détermination. « Si nous mourons, ce sera pour la bonne cause », confie l’un d’eux durant une halte. Les familles vivent dans l’angoisse permanente, redoutant chaque départ. Mais l’arrêt du travail n’est pas une option viable pour ces hommes qui assurent la circulation des produits pétroliers, dont plus de la moitié des exportations ivoiriennes étaient destinées au Mali en 2023.

Même les convois escortés par l’armée malienne subissent des attaques récurrentes, particulièrement dans les zones de Kadiana-Kolondiéba et Loulouni-Sikasso. Les récits de survivants évoquent des scènes de violence où des collègues ont péri dans l’incendie de leurs véhicules. Certains transporteurs ivoiriens ont renoncé à desservir le Mali, préférant immobiliser leur flotte plutôt que d’exposer leurs chauffeurs à ces dangers.

Les conditions de travail restent précaires, sans contrat formel ni couverture sociale. Pour un salaire mensuel avoisinant 100 000 francs CFA, augmenté d’un bonus de 50 000 par voyage, ces routiers réclament une reconnaissance de leur exposition au danger. Le Premier ministre malien a récemment salué leur sacrifice en qualifiant le carburant parvenu au pays de « sang humain », hommage aux militaires et conducteurs tombés sur les routes.

La perspective d’une amélioration semble lointaine. Les analystes estiment que la menace jihadiste, bien qu’improbable à prendre physiquement Bamako, maintient une pression sans précédent sur les approvisionnements et la stabilité du pays. Dans cette équation complexe, les chauffeurs de citernes demeurent les maillons essentiels d’une chaîne logistique vitale, au prix d’un risque calculé qui défie quotidiennement la mort.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus