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Culture

Le manuscrit volé de Tierno Monénembo, symbole de la répression en Guinée

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L’écrivain guinéen, figure majeure de la littérature francophone, dénonce avec une détermination intacte les dérives autoritaires du régime militaire. La disparition de l’un de ses textes inédits lors d’un cambriolage ciblé illustre, selon lui, les méthodes d’intimidation employées par les autorités.

Dans un entretien exclusif, Tierno Monénembo s’exprime sans détour sur la situation politique en Guinée. À quelques jours d’un référendum constitutionnel controversé, l’auteur condamne fermement ce qu’il qualifie de manœuvre destinée à légitimer le putsch de septembre 2021 et à consolider l’emprise de la junte au pouvoir. Il annonce son intention de boycotter le scrutin, dénonçant une mascarade institutionnelle.

L’écrivain, dont l’œuvre littéraire a été maintes fois primée, incarne une voix libre et critique dans un pays où l’opposition est muselée. Depuis l’arrivée des militaires au pouvoir, les partis politiques suspendus, les manifestations interdites et les arrestations arbitraires se sont multipliées, réduisant comme peau de chagrin l’espace démocratique. Monénembo souligne avec amertume la recrudescence des disparitions forcées et des violations des droits fondamentaux.

En mai 2024, un vol ciblé a frappé son domicile à Conakry. Seul un ordinateur contenant le manuscrit de son prochain roman, fruit de trois années de travail, a été dérobé. L’auteur y voit une manœuvre délibérée des autorités pour le réduire au silence. Cette perte, vécue comme une mutilation, n’a pourtant pas entamé sa résolution. Bien au contraire, elle a renforcé sa conviction de devoir rester en Guinée pour continuer le combat.

Exilé sous la dictature de Sékou Touré, Tierno Monénembo refuse aujourd’hui de fuir à nouveau. Son engagement remonte aux années 1970, lorsqu’il écrivit son premier roman pour dénoncer les excès du régime de l’époque. Aujourd’hui, face à la junte du général Doumbouya, il affirme être prêt à assumer les risques, y compris les plus extrêmes. La défense de la démocratie reste, à ses yeux, un impératif moral et historique.

Malgré les pressions, l’écrivain garde foi en l’avenir. Il travaille déjà à la rédaction d’un nouveau roman, bien que conscient qu’une œuvre perdue soit irremplaçable. Son sujet, l’enfance à l’aube de l’indépendance guinéenne, demeure d’une brûlante actualité dans un pays où la quête de liberté reste inachevée.

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