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Économie

Le Japon perce les abysses pour ses métaux stratégiques

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Une mission scientifique nippone a prélevé des sédiments riches en terres rares par plus de 6 000 mètres de fond. Cette découverte pourrait offrir à Tokyo une alternative cruciale face à sa dépendance actuelle envers Pékin pour ces minerais essentiels aux industries de pointe.

L’archipel a annoncé la réussite d’une opération d’extraction test menée dans sa zone économique exclusive, au large de l’île isolée de Minami Torishima, dans l’océan Pacifique. Pour la première fois au monde, des prélèvements contenant ces métaux critiques ont été remontés depuis de telles profondeurs grâce au navire de recherche Chikyu. Les autorités ont salué une avancée majeure, tant sur le plan de la sécurité économique que du développement des ressources maritimes.

Les échantillons collectés doivent désormais faire l’objet d’analyses approfondies pour en déterminer la teneur exacte. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des approvisionnements. Le Japon, comme d’autres économies avancées, dépend fortement des exportations chinoises pour ces dix-sept éléments, indispensables à la fabrication d’aimants permanents, de batteries, de composants électroniques et d’équipements militaires.

La situation géopolitique régionale ajoute une urgence particulière à cette quête d’autonomie. Les relations entre Tokyo et Pékin se sont tendues après des déclarations japonaises concernant la sécurité de Taïwan. La Chine a depuis restreint certaines exportations de biens à double usage, alimentant les craintes d’une perturbation des flux de matières premières. La découverte de gisements sous-marins nationaux représente donc un atout potentiel de premier ordre.

Les fonds marins entourant Minami Torishima recéleraient, selon des estimations citées par la presse économique, l’un des plus importants gisements mondiaux, avec des réserves colossales en dysprosium et en yttrium. Une exploitation pérenne pourrait théoriquement couvrir plusieurs siècles de consommation mondiale actuelle pour certains de ces éléments.

Cette perspective suscite également des réserves. Les organisations environnementales mettent en garde contre les impacts inconnus d’une exploitation minière en eaux profondes sur des écosystèmes fragiles et encore mal connus. Le développement de cette filière émergente fait par ailleurs l’objet de débats internationaux, l’Autorité internationale des fonds marins travaillant à l’élaboration d’un cadre réglementaire pour les zones situées hors des juridictions nationales.

Les experts estiment que la maîtrise d’une telle ressource domestique permettrait au Japon de sécuriser ses chaînes d’approvisionnement pour des secteurs industriels clés. Elle constituerait un levier stratégique pour rééquilibrer une dépendance jugée excessive et réduire la vulnérabilité face aux fluctuations des relations diplomatiques et commerciales. La domination chinoise sur le marché, qui s’étend de l’extraction au raffinage, a en effet été utilisée à plusieurs reprises comme instrument d’influence dans les rapports de force internationaux.

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