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Le dernier gardien du tarbouche libanais résiste à Tripoli

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Dans le dédale du vieux souk, un artisan perpétue seul un savoir-faire séculaire menacé de disparition.

Au cœur de la médina de Tripoli, entre les échoppes centenaires et les effluves d’épices, Mohammed Al-Shaar maintient vivante une tradition en voie d’extinction. Ce quinquagénaire est désormais l’unique artisan à fabriquer manuellement le tarbouche, ce couvre-chef emblématique hérité de l’époque ottomane.

Sous les néons de son atelier, des dizaines de fez alignés déclinent des nuances de rouge écarlate, de bordeaux profond ou de noir sobre, certains rehaussés de broderies florales ou du cèdre libanais. Une palette minutieuse que ce maître-artisan, formé en Égypte après avoir appris les gestes familiaux, propose à une clientèle de plus en plus rare.

Jadis porté quotidiennement par les notables comme par le peuple, le tarbouche n’est plus aujourd’hui qu’un accessoire folklorique ou cérémoniel. Pourtant, derrière chaque pièce se cache un langage oublié. « Incliner son fez à gauche signifiait autrefois une déclaration amoureuse, le faire tomber une insulte », explique l’artisan, dont l’atelier familial fonctionne depuis cent vingt-cinq ans.

La crise économique libanaise a porté un coup sévère à cette activité déjà fragile. Les commandes se sont effondrées, passant de plusieurs dizaines à peine quatre ou cinq par mois. Les derniers acheteurs se limitent aux troupes de dabké, aux cheikhs portant le traditionnel turban blanc, ou à quelques nostalgiques des traditions levantines.

Malgré l’adversité, Mohammed Al-Shaar refuse d’abandonner. Vêtu d’une tenue traditionnelle, le fez vissé sur la tête, il travaille chaque jour comme un acte de résistance. « Mon âme est liée à ce métier », murmure-t-il entre deux points de couture. Dans l’ombre de son échoppe, c’est toute une page de l’histoire culturelle libanaise qui continue de s’écrire, fragile mais obstinée.

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