Culture
Le cinéaste Jafar Panahi déplore l’impossibilité de porter les couleurs de l’Iran aux Oscars
Le réalisateur iranien, dont le film primé à Cannes représente la France dans la course aux récompenses hollywoodiennes, exprime son souhait de voir évoluer les règles de sélection pour permettre aux artistes censurés de défendre leur nation d’origine.
Le cinéaste iranien Jafar Panahi effectue actuellement une tournée aux États-Unis, où il présente son dernier long-métrage couronné d’une Palme d’or à Cannes. Cette œuvre, choisie par la France pour concourir dans la catégorie du meilleur film international aux Oscars, a été réalisée dans la clandestinité avant d’être finalisée dans des conditions précipitées. Sa post-production a été confiée à une société française, permettant ainsi son inscription dans la compétition américaine.
L’artiste, âgé de soixante-cinq ans, formule cependant un regret profond. Il souhaiterait que les règles de l’Académie des Oscars évoluent pour autoriser les créateurs iraniens censurés par leur gouvernement à représenter leur pays d’origine. Le système actuel, qui exige que les candidatures soient soumises par les autorités nationales, limite selon lui l’indépendance des cinéastes face aux régimes autoritaires.
Cette situation n’est pas inédite pour Panahi, emprisonné à deux reprises et interdit de voyager pendant près de quinze ans. Malgré une interdiction de tournage décrétée en 2010, il a poursuivi son travail cinématographique en développant des méthodes de réalisation discrètes. Son film récent, dont une partie importante se déroule dans un véhicule servant de cache, a été tourné dans des zones désertiques ou des quartiers peu fréquentés.
L’œuvre s’inspire de son expérience carcérale et met en scène des Iraniens ordinaires débattant du sort à réserver à leur ancien geôlier. Cette fiction esquisse les contours d’une société où le pouvoir religieux s’affaiblit et où des dilemmes moraux similaires pourraient se poser collectivement. Le réalisateur considère que son travail dépasse la simple représentation du présent pour engager une réflexion sur l’avenir du pays.
Panahi souligne la tradition humaniste du cinéma iranien, capable selon lui de résonner avec les publics internationaux. Il évoque les succès de ses prédécesseurs, tout en constatant les difficultés croissantes auxquelles font face les créateurs dans le contexte politique actuel. Plusieurs de ses collègues ont dû s’exiler pour poursuivre leur travail, à l’image de Mohammad Rasoulof qui a représenté l’Allemagne aux dernières cérémonies des Oscars.
Pour le cinéaste, la création artistique demeure un moyen essentiel de préparer les sociétés à transcender la violence. Malgré les obstacles, il continue de chercher des voies d’expression, estimant que le cinéma doit semer les graines d’un avenir meilleur pour les générations à venir.
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