Dans la forêt de Tronçais, l’ONF mène une bataille sans précédent pour sauver ces géants centenaires menacés par le réchauffement.
Au cœur de la forêt de Tronçais, dans l’Allier, s’étend l’une des plus belles chênaies d’Europe. Pourtant, ce joyau forestier est aujourd’hui en péril. Les chênes, ces arbres majestueux qui ont fourni pendant des siècles le bois des cathédrales et des tonneaux de cognac, subissent de plein fouet les effets du changement climatique. L’Office national des forêts (ONF) a lancé une opération de sauvetage pour préserver ce patrimoine naturel.
Parmi les arbres de Tronçais, certains résistent encore, tandis que d’autres succombent. Corentin Gervais, technicien forestier, pointe du doigt un chêne sessile centenaire, dont le sommet dégarni témoigne de son déclin. « Il a trop souffert de la sécheresse et des vagues de chaleur. L’an prochain, il ne sera plus là », explique-t-il. À quelques mètres, un autre chêne, du même âge, montre des signes de résistance, avec ses bourgeons prometteurs. Mais la situation reste critique. Depuis 2020, la récolte de bois dépérissant a explosé, passant de 1 000 à 24 000 m³ par an. Selon l’ONF, 70 % des chênes et hêtres de Tronçais sont désormais vulnérables.
Le hêtre, arbre compagnon du chêne, a été le premier à souffrir. Sa disparition expose les chênes à une lumière trop intense, les fragilisant davantage. Les épisodes de canicule, comme celui du 13 octobre 2023 où les températures ont dépassé 40°C dans la canopée, ont provoqué des embolies chez certains arbres, bloquant la circulation de la sève. « Des arbres sont morts en trois semaines, c’est du jamais-vu », témoigne Loïc Nicolas, responsable du service forêt.
Face à cette crise, l’ONF a mis en place des « îlots d’avenir ». Sur ces parcelles expérimentales, une quinzaine d’espèces d’arbres, comme le séquoia, le pin maritime ou le cèdre de l’Atlas, sont testées pour leur résistance à un climat plus chaud. Ces îlots sont conçus comme un message pour les générations futures, une « lettre aux descendants » selon Samuel Autissier, directeur de l’agence ONF du Berry-Bourbonnais.
En parallèle, l’ONF favorise la régénération naturelle de la chênaie tout en introduisant des essences plus résilientes, comme le chêne pubescent ou le chêne vert. Ces derniers, moins sensibles à la sécheresse, pourraient remplacer le hêtre comme arbre compagnon. Chaque plant est géoréférencé et surveillé de près. Le brassage génétique, favorisé par la pollinisation croisée, renforce également les chances de survie des chênes.
Le 21 mars dernier, un symbole fort a marqué cette lutte. Lou, une fillette de six ans, a planté le 100 000e arbre de Tronçais, un jeune chêne vert, accompagnée d’élèves des écoles alentour. Ce geste illustre l’espoir de voir ces forêts renaître, malgré les défis immenses posés par le réchauffement climatique. La bataille pour sauver les chênes de Tronçais est loin d’être gagnée, mais elle incarne une volonté farouche de préserver ce patrimoine pour les générations à venir.