Économie
L’Argentine de Milei, entre l’allié américain et le partenaire chinois
Le président ultralibéral mène une diplomatie économique des plus délicates, cherchant à préserver des relations commerciales essentielles avec Pékin tout en affichant une proximité idéologique avec Washington.
La politique étrangère de l’administration argentine s’apparente à un exercice de haute voltige. Le gouvernement de Javier Milei doit en effet composer avec deux réalités difficilement conciliables. D’un côté, une alliance géopolitique revendiquée avec les États-Unis, dont le retour de Donald Trump à la Maison Blanche accentue les exigences. De l’autre, une dépendance économique structurelle à l’égard de la Chine, deuxième partenaire commercial du pays et source indispensable de devises.
Les déclarations initiales du chef de l’État, qui se disait fermement opposé à toute transaction avec Pékin, ont progressivement laissé place à un discours plus nuancé. La distinction entre les sphères commerciale et politique est désormais régulièrement invoquée. Le maintien des éflows avec l’Asie est présenté comme une nécessité pour l’économie nationale, sans remettre en cause l’ancrage atlantiste de Buenos Aires.
Les chiffres justifient cette prudence. Les échanges avec la Chine reposent sur une complémentarité évidente, l’Argentine y exportant massivement des matières premières agricoles et minières, et y important des biens manufacturés et des équipements de haute technologie. Cette relation est en outre consolidée par des instruments financiers cruciaux, tels qu’un accord d’échange de devises renouvelé récemment. La présence d’infrastructures chinoises sur le sol argentin, comme une station spatiale en Patagonie, bien que civile, alimente régulièrement des spéculations sur d’éventuelles visées stratégiques.
La question centrale réside dans la marge de manœuvre dont dispose réellement Buenos Aires. L’administration Trump a clairement exprimé sa volonté de contrer l’influence chinoise sur le continent américain. Les réactions vigoureuses de Washington face au rapprochement d’autres alliés avec Pékin illustrent les risques de représailles commerciales. Les observateurs s’interrogent sur la durabilité d’un modèle qui tenterait de dissocier strictement le commerce et la géopolitique dans un contexte international de plus en plus polarisé.
La concrétisation, ou non, d’une visite présidentielle en Chine, plusieurs fois évoquée mais jamais confirmée, constituera un indicateur clair de l’équilibre recherché. En attendant, des missions parlementaires se rendent sur place pour explorer les opportunités d’investissement. Les experts soulignent l’impossibilité pour Buenos Aires de se passer du marché chinois, un partenaire jugé irremplaçable pour la stabilité économique du pays. L’avenir de cette diplomatie à deux vitesses dépendra largement de la tolérance de Washington et de la capacité de l’Argentine à naviguer entre ces deux pôles.
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