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La vague de retour à la gestion publique de l’eau s’amplifie en France

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Face aux défis environnementaux et à la recherche d’une gouvernance plus locale, les collectivités territoriales opèrent un mouvement massif de reprise en régie de leurs services hydriques.

Le paysage de la gestion de l’eau en France connaît une transformation profonde. Un nombre croissant de communes et de métropoles choisissent désormais d’assurer directement l’exploitation de leurs services d’eau potable et d’assainissement. Cette tendance, initiée il y a plusieurs décennies, s’est considérablement accélérée ces dernières années, portée par des préoccupations liées à la préservation de la ressource et à une volonté de contrôle accru sur un service public essentiel.

Les chiffres en attestent. Près d’un Français sur deux réside aujourd’hui dans une collectivité où l’eau est gérée en régie publique, une proportion en nette augmentation par rapport à la fin des années 1990. Ce mouvement de « remunicipalisation », symbolisé par la décision prise par Paris en 2009, s’inscrit dans une recherche affirmée de transparence et de priorité donnée à la qualité du service sur les logiques de rendement financier. Les élus mettent en avant la possibilité de réinvestir les bénéfices dans la modernisation des réseaux et une meilleure réactivité face aux crises, qu’il s’agisse de sécheresse, de pollutions ou de fuites.

Les arguments en faveur de ce modèle sont nombreux pour ses partisans. Ils évoquent une gouvernance de proximité, une capacité renforcée à engager des investissements de long terme pour le renouvellement des canalisations, et in fine, une maîtrise plus directe du prix pour l’usager. Certaines régies récemment créées affichent ainsi une baisse des tarifs moyens couplée à une accélération des travaux sur les réseaux. La lutte contre les fuites, qui représentent un gaspillage considérable de la ressource, est souvent présentée comme une priorité mieux traitée dans ce cadre.

Le secteur privé, historiquement très présent via les délégations de service public, nuance ce tableau. Ses représentants soulignent que les prix de l’eau ont, en moyenne, augmenté moins vite dans les collectivités sous DSP sur la période récente. Ils pointent également l’expertise et la capacité d’investissement des grands groupes pour faire face aux défis à venir. Les données nationales montrent en effet des trajectoires tarifaires variables selon les modes de gestion et les contextes locaux, certaines régies héritant d’un important retard d’investissement à combler.

Au-delà de ce débat sur les modèles, un consensus émerge sur un point crucial. Les besoins en investissement pour moderniser des infrastructures vieillissantes et adapter les réseaux aux changements climatiques sont colossaux. Les dépenses annuelles, déjà substantielles, devraient connaître une hausse significative dans les prochaines années. Cette pression financière se répercutera mécaniquement sur la facture des usagers, quel que soit le statut de l’opérateur. L’enjeu pour les collectivités, qu’elles aient opté pour la régie ou la délégation, réside désormais dans leur capacité à concilier la nécessaire montée en puissance des investissements avec la préservation d’un accès équitable et pérenne à l’eau pour tous.

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