Monde
La Grèce ancre sa défense des prairies sous-marines
_**Face à la pression du mouillage sauvage, le pays déploie des systèmes d’amarrage innovants pour préserver les herbiers de posidonie, véritables puits de carbone et berceaux de la biodiversité méditerranéenne.**_
Dans les eaux cristallines de la baie de Porto Rafti, non loin de la capitale, des opérations sous-marines se déroulent avec précision. Des plongeurs spécialisés procèdent à l’installation d’ancres conçues pour minimiser l’impact sur les fonds marins. Leur objectif est de fixer des bouées de surface permettant aux navires de plaisance de stationner sans que leurs chaînes ne viennent racler le substrat. Cette technique vise à mettre un terme aux dégâts causés par les ancres traditionnelles, dont le traînage arrache les rhizomes des plantes sous-marines.
Ces herbiers, principalement constitués de posidonie, jouent un rôle écologique majeur. Ils constituent un habitat essentiel pour de nombreuses espèces, contribuent à la purification de l’eau, produisent de l’oxygène et représentent surtout un formidable réservoir de carbone. Leur préservation est donc considérée comme un enjeu crucial dans la lutte contre le dérèglement climatique. L’Union européenne les a d’ailleurs classés comme habitat prioritaire.
Le programme pilote, initié par les autorités maritimes helléniques, s’inscrit dans une nécessaire adaptation. Avec un littoral étendu et une fréquentation estivale massive, la pression sur les écosystèmes côtiers est intense. Les mouillages anarchiques, multipliés par l’afflux de bateaux durant la saison touristique, laissent des cicatrices durables sur ces prairies sous-marines. Les observations sur le terrain font régulièrement état de dommages considérables, là où les chaînes ont labouré les fonds.
Si plusieurs dizaines de ces dispositifs écologiques ont déjà été déployés, notamment dans les parcs marins de la mer Ionienne, leur nombre reste insuffisant au regard de l’ampleur du phénomène. Les spécialistes soulignent l’urgence d’un déploiement à plus large échelle et d’un cadre réglementaire plus strict. Ils pointent l’exemple d’autres régions méditerranéennes, comme les Baléares, qui ont légiféré pour encadrer les pratiques et permettre la régénération des herbiers.
Au-delà de l’impératif de conservation, cette transition vers un amarrage organisé présente aussi un intérêt économique. Elle ouvre la voie à une gestion durable des zones côtières, compatible avec le développement d’un tourisme de qualité. La généralisation de ces infrastructures, perçues comme une activité commerciale viable pour les communautés insulaires, pourrait concilier préservation du patrimoine naturel et activités nautiques, assurant ainsi la pérennité de ces paysages marins exceptionnels.
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