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Culture

La culture du féminicide décryptée par l’historien Ivan Jablonka

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Un essai percutant analyse la banalisation artistique et littéraire des violences faites aux femmes, interrogeant les représentations qui légitiment implicitement ces actes.

L’historien Ivan Jablonka propose une réflexion approfondie sur la persistance du féminicide dans l’imaginaire collectif, à travers son essai intitulé *La Culture du féminicide*. L’ouvrage, publié aux éditions du Seuil, examine la manière dont les arts et la littérature ont souvent représenté, voire glorifié, la violence exercée contre les femmes, des récits bibliques aux productions contemporaines.

Selon l’auteur, ces représentations contribuent à une forme de banalisation, parfois même d’érotisation, des meurtres de femmes. Il relève que nombre d’œuvres, qu’elles soient populaires ou savantes, tendent à justifier ces actes en attribuant une forme de responsabilité aux victimes, tout en excusant leurs agresseurs. Des martyres chrétiennes aux figures littéraires, en passant par le cinéma ou la chanson, ces récits construisent une narration où la violence masculine est présentée comme passionnelle, romantique ou inévitable.

Jablonka ne se contente pas de dresser un constat. Il esquisse également des pistes pour renverser cette tendance, en citant des exemples d’œuvres qui, au contraire, dénoncent l’impunité et questionnent les stéréotypes. Il évoque notamment le documentaire consacré à l’affaire Bertrand Cantat ou encore le roman *2666* de Roberto Bolaño, qui met en scène des féminicides massifs dans un contexte d’indifférence généralisée.

L’actualité éditoriale récente montre que le sujet continue d’inspirer les auteurs, avec plusieurs récits s’appuyant sur des faits réels pour documenter ces violences. Jablonka lui-même s’était illustré avec *Laëtitia*, récompensé par le prix Médicis, retraçant le destin tragique d’une jeune femme victime d’un meurtre.

L’essai invite in fine à une remise en question collective. Il soutient que la culture, ayant participé à normaliser ces crimes, peut également œuvrer à les dénoncer et à en modifier la perception. Une invitation à repenser les récits pour mieux combattre les préjugés.

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