Culture
Jafar Panahi, la résistance par la caméra
Le cinéaste iranien, récompensé à Cannes il y a quatre mois, affirme son intention de poursuivre son travail en dépit des pressions, avec un nouveau projet sur le thème de la guerre.
De retour en Iran après avoir remporté la Palme d’or pour « Un simple accident », Jafar Panahi a été accueilli à l’aéroport de Téhéran par un mouvement de soutien spontané. Des confrères, des proches de détenus et de nombreux anonymes sont venus lui témoigner leur admiration, un accueil qui contraste avec la position officielle. Les autorités ont en effet minimisé la portée de cette distinction, l’attribuant à des influences étrangères plutôt qu’à la valeur artistique de l’œuvre.
Interrogé sur d’éventuelles représailles, le réalisateur se montre serein. Il estime que les mesures habituelles, comme l’interdiction de travailler ou de quitter le territoire, ont déjà été employées sans effet sur sa détermination. Âgé de soixante-cinq ans, il confie n’avoir jamais plié devant la censure et n’envisage pas de commencer aujourd’hui. Son parcours, marqué par plusieurs incarcérations, a renforcé sa conviction que la création doit rester libre.
Son actualité est aujourd’hui rythmée par les déplacements internationaux, une situation qui complique le développement de nouveaux projets. Cependant, un sujet lui tient particulièrement à cœur depuis cinq ans. Il travaille à un film sur la guerre, dont le scénario est achevé mais dont la réalisation nécessite des moyens importants. Dans un contexte international tendu, il estime que ce thème résonne plus que jamais.
« Un simple accident » s’inspire en partie de son expérience carcérale. S’il précise n’avoir pas subi de sévices physiques, il décrit les conditions de détention comme une épreuve psychologique profonde. Le pire, selon lui, réside dans l’isolement et l’humiliation quotidienne. Il souligne néanmoins que sa notoriété lui a offert une forme de protection dont ne bénéficient pas les prisonniers ordinaires.
Enfin, Jafar Panahi tient à relativiser son propre courage. Il rend hommage à tous ceux qui, dans l’ombre, endurent des peines de prison de longue durée pour leurs convictions. Leur combat, souvent ignoré, lui semble bien plus significatif que le sien. Pour lui, le véritable courage appartient à ces anonymes qui paient le prix fort pour la liberté.
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