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Exilées à Van, la peur au ventre et l’espoir en suspens

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Dans un café de la ville turque frontalière, des Iraniennes témoignent de l’angoisse qui les tenaille pour leurs proches restés au pays et de leur profond rejet du régime de Téhéran.

Le thé refroidit dans la tasse, les cigarettes s’enchaînent. Dans un établissement de Van, grande ville turque proche de la frontière iranienne, une jeune femme aux ongles vernis tourne et retourne ses mèches de cheveux. Elle porte un prénom d’emprunt, Mahsa, en hommage, dit-elle, à des milliers d’autres. Originaire de Téhéran, elle a quitté l’Iran il y a trois ans, épuisée par les pressions et les convocations policières qui ont suivi le mouvement de protestation. Aujourd’hui, son quotidien est rongé par l’inquiétude. Pendant plus de quinze jours, alors que les communications étaient largement interrompues en Iran, elle est restée sans nouvelles des siens. Le contact a été repris, mais les conversations restent évasives, empreintes d’une prudence extrême. Ses proches, dit-elle, ont peur de parler au téléphone et osent à peine sortir dans la rue.

Le sentiment de peur, palpable, semble avoir franchi les postes-frontières. Les récentes manifestations en Iran, durement réprimées, ont laissé des traces profondes. Pour Mahsa, comme pour d’autres exilées rencontrées dans ce café devenu un point de ralliement informel, le constat est amer. Les revendications initiales liées au coût de la vie ont rapidement cédé la place à une aspiration plus fondamentale, celle de vivre libre. La question du voile, souvent mise en avant, est pour elle secondaire. Elle défend l’idée d’une sphère privée où chacun pourrait vivre selon ses convictions, sans ingérence de l’État. Cette séparation entre le religieux et le personnel, évoquée avec nostalgie en référence à une époque révolue, résume un désir partagé de normalité.

L’arrivée plus récente de Nilufer, l’été dernier, illustre une autre facette de cet exil économique et politique. Ancienne fonctionnaire, elle a laissé son fils de dix ans à sa mère, à Tabriz, pour tenter sa chance en Turquie avec un visa étudiant. Chaque mois, elle effectue le voyage retour, un périple qui la confronte systématiquement aux contrôles stricts et à l’obligation du voile dès le passage de la frontière. Elle décrit une situation économique désastreuse, où le pouvoir d’achat s’évapore en quelques heures, et un climat de suspicion permanent. Si elle se dit attentive à ses paroles et à ses publications sur les réseaux sociaux, son rejet du régime est total, un sentiment qu’elle estime très largement partagé.

La perspective d’une escalade militaire internationale suscite des réactions contrastées. Mahsa redoute ses conséquences humaines, craignant que les populations civiles ne paient le prix fort de conflits entre dirigeants. Elle appelle avant tout à la paix. Nilufer, en revanche, semble avoir franchi un seuil. Elle place un espoir, aussi mince soit-il, dans une intervention extérieure qui mettrait fin, selon elle, à des années de répression. Elle évoque le soutien moral de figures de l’opposition en exil, tout en balayant les craintes turques d’un nouvel afflux massif de réfugiés. Les Iraniens, assure-t-elle, ne souhaitent pas quitter leur pays, mais le changer. Dans l’attente, entre deux bouffées de cigarette, ces femmes guettent des nouvelles, partagées entre la crainte pour leurs familles et l’espoir ténu d’un avenir différent.

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