Culture
Des voix volées par l’intelligence artificielle
Huit comédiens de doublage français lancent une action collective inédite contre deux entreprises américaines pour avoir exploité leurs voix sans autorisation. Cette démarche illustre l’inquiétude grandissante d’une profession confrontée à l’essor des technologies génératives.
Huit acteurs spécialisés dans le doublage ont formellement sommé deux sociétés étasuniennes de cesser l’utilisation non consentie de leurs voix. Ces artistes, dont les timbres sont associés à des célébrités internationales et à des personnages d’animation emblématiques, exigent le retrait immédiat des modèles de synthèse vocale les concernant ainsi qu’une indemnisation. Cette initiative collective constitue une première dans le milieu, révélant une profonde anxiété face aux capacités de l’intelligence artificielle à reproduire et commercialiser des éléments aussi personnels que la voix.
Les plateformes incriminées proposent, contre rémunération, de générer des énoncés dans un large éventail de voix, comprenant également celles de personnalités publiques. Une comédienne ayant reconnu sa propre voix, légèrement modifiée, parmi les catalogues s’est dite stupéfaite de cette exploitation à des fins commerciales. Elle souligne que cette pratique parasite le travail des interprètes et menace directement leur gagne-pain, certains voyant déjà leurs opportunités professionnelles diminuer. Ce sentiment est partagé par un confrère, voix française d’un personnage célèbre de série animée, qui dénonce un détournement permettant à des tiers de faire prononcer n’importe quel discours sans le moindre contrôle de l’artiste concerné.
Cette affaire s’inscrit dans un débat plus large sur les implications juridiques et éthiques des technologies génératives. Le secteur du doublage a récemment manifesté son inquiétude, réclamant la préservation d’un travail artistique humain. L’action en justice actuelle vise à combler ce qui est perçu comme un vide juridique, en invoquant le droit d’auteur et le droit au respect de la vie privée. L’avocat représentant les comédiens estime que la législation française est applicable, arguant que le service, accessible depuis la France et ciblant un public francophone, ne peut ignorer ces protections.
La démarche des doubleurs français rejoint des préoccupations exprimées à l’international par d’autres figures du monde du spectacle, ayant déjà contesté l’utilisation de leur image ou de leur voix par des systèmes d’intelligence artificielle. Les professionnels du droit observent que ces questions dépassent le cadre du divertissement et pourraient concerner, à terme, tout citoyen. Faute de réponse satisfaisante des entreprises mises en cause, une procédure judiciaire sera engagée, selon les représentants des plaignants. Les sociétés visées n’ont pas, à ce stade, répondu aux sollicitations.
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