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Des Japonaises défient la loi pour le droit à l’autodétermination reproductive

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Dans un pays confronté à un vieillissement démographique accéléré, un groupe de femmes conteste une législation jugée archaïque et liberticide, qui conditionne strictement l’accès à la stérilisation volontaire.

Un procès inédit, dont le verdict est attendu prochainement, met en lumière un débat de société jusqu’alors largement occulté au Japon. Cinq femmes ont engagé une action en justice pour contester la constitutionnalité d’une loi sur la protection de la maternité, datant de 1940, qui impose des conditions extrêmement restrictives à la stérilisation féminine. Selon cette législation, une intervention n’est autorisée que si la patiente a déjà donné naissance à plusieurs enfants et que sa santé est en danger, ou si une grossesse mettrait sa vie en péril. L’accord du conjoint reste par ailleurs obligatoire.

Pour les plaignantes, ce cadre juridique nie leur droit fondamental à disposer de leur corps. Il perpétue, selon elles, une vision patriarcale qui considère les femmes avant tout comme des mères potentielles au service des impératifs démographiques nationaux. Kazane Kajiya, l’une des requérantes âgée de 29 ans, a dû se rendre aux États-Unis pour subir une intervention de ligature des trompes, une procédure interdite dans son pays pour une femme jeune et en bonne santé. Elle décrit cette décision comme une affirmation de son autonomie face à des pressions sociales constantes l’orientant vers la maternité.

Les avocats de la défense soutiennent que ces restrictions sont nécessaires pour protéger les femmes d’éventuels regrets futurs, compte tenu du caractère définitif de l’opération. Le gouvernement japonais affirme ainsi garantir leur droit à l’autodétermination reproductive. Un argument que rejettent les militantes, pour qui cette logique infantilisante dénie précisément leur capacité à choisir librement.

Le contexte japonais est particulier. Alors que la contraception chirurgicale est explicitement autorisée dans plus de soixante-dix pays, le Japon figure parmi les rares États à l’interdire comme méthode contraceptive. Le préservatif y reste le moyen de prévention dominant, tandis que la pilule, peu remboursée, est peu utilisée. Cette situation contraste avec la relative facilité d’accès à la vasectomie pour les hommes, une procédure pourtant soumise théoriquement aux mêmes contraintes légales mais appliquées avec une grande flexibilité.

Au-delà des considérations juridiques, l’affaire révèle les tensions profondes entre des normes sociales rigides et l’évolution des aspirations individuelles. Une autre plaignante, Rena Sato, qui utilise un pseudonyme, explique que son identité aromantique et asexuelle rend la perspective de la maternité totalement étrangère à son existence. Rester fertile, dans son cas, équivaudrait selon elle à vivre sous la menace permanente d’une grossesse résultant d’une agression.

Pour Kazane Kajiya, désormais mariée à un Américain qui soutient son choix, l’intervention a été libératrice. Elle souligne cependant que la radicalité de son geste est le fruit direct d’un système qui ne lui a laissé aucune autre issue dans son pays. Le jugement à venir pourrait marquer un tournant dans la reconnaissance du droit à l’intégrité corporelle et à la liberté reproductive des femmes au Japon.

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