Monde
Des familles afghanes cherchent leurs disparus après un raid aérien
Les funérailles collectives se succèdent à Kaboul, où des proches errent entre les cercueils, sans réponse sur le sort de leurs enfants. Les autorités afghanes font état d’un bilan humain très lourd, dans un contexte de tensions persistantes avec le Pakistan.
Devant la mosquée Eid Gah, les cercueils s’alignent. Abdul Hai Hamidi scrute, un à un, les visages des défunts, cherchant en vain celui d’un parent. Comme lui, des dizaines de familles sont venues ce jeudi assister à une seconde cérémonie funéraire collective, sans parvenir à localiser leurs proches. Ces obsèques font suite à une opération militaire aérienne conduite par l’armée pakistanaise, qui a frappé, il y a dix jours, un établissement de soins pour personnes dépendantes dans la capitale afghane.
Les autorités sanitaires afghanes ont révisé le bilan à la hausse, évoquant désormais plusieurs centaines de victimes. Le nombre de disparus reste important, de nombreux corps ayant été réduits à l’état de fragments sous la violence de l’impact, compliquant considérablement les identifications. Des parents continuent de se présenter dans les hôpitaux et les morgues, sans obtenir d’informations. La difficulté à retrouver les dépouilles empêche un grand nombre de familles de faire leur deuil.
Parmi les proches rassemblés, Samira Muhammadi pleure son fils de vingt ans, qui suivait une cure dans le centre médical détruit. Elle raconte qu’on lui a indiqué que son corps avait été entièrement calciné. Conformément aux règles en vigueur, elle n’a pas pu pénétrer dans l’enceinte réservée aux hommes pour la prière funèbre. Elle a néanmoins tenté, plus tard au cimetière, d’examiner chaque cercueil, sans succès.
Les inhumations se poursuivent dans des fosses communes aménagées sur une colline de Kaboul. Une centaine de victimes y ont été enterrées lors de deux cérémonies distinctes. D’autres obsèques, privées, doivent encore avoir lieu. Cette situation intervient dans un climat de fortes tensions entre Kaboul et Islamabad. Le Pakistan justifie ses frappes en affirmant cibler des bases de groupes armés qu’il accuse d’être hébergés en Afghanistan, ce que les autorités talibanes contestent.
Les affrontements frontaliers, qui se sont intensifiés fin février, avaient conduit à une trêve temporaire à l’occasion de la fin du mois de ramadan. Celle-ci est désormais rompue. Dans l’attente, le chagrin et l’incertitude demeurent pour des familles comme celle de Burhanuddin Kamali, toujours sans nouvelle de son neveu, un jeune homme de vingt et un ans qui travaillait dans les mines du Panchir. En l’absence de corps, le deuil reste impossible à accomplir.
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