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Économie

Des biocarburants européens entachés par une vaste fraude à l’huile de palme indonésienne

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Une enquête révèle que des producteurs majeurs de biocarburants en Europe, dont les groupes Eni et Neste, se sont approvisionnés auprès de sociétés indonésiennes suspectées d’avoir frauduleusement commercialisé de l’huile de palme brute sous l’étiquette de résidus industriels, ébranlant les garanties environnementales du secteur.

Des entreprises indonésiennes actuellement dans le collimateur de la justice pour des malversations présumées ont livré des matières premières à plusieurs producteurs européens de biocarburants. Les géants italiens et finlandais de l’énergie Eni et Neste figurent parmi leurs clients, selon les conclusions d’une investigation approfondie. Ces faits jettent une lumière crue sur les vulnérabilités persistantes des chaînes d’approvisionnement en biocarburants, régulièrement ébranlées par des allégations de tromperie sur la nature réelle des produits à base d’huile de palme.

Aucun élément ne permet de penser que les groupes européens concernés aient eu connaissance de ces irrégularités ou y aient participé. Les autorités judiciaires indonésiennes soupçonnent un système organisé ayant permis, contre le versement de commissions illicites, de faire passer de l’huile de palme pour un sous-produit de son processus de fabrication, les effluents de moulin. Cette substitution a permis d’appliquer un taux de taxation inférieur, privant l’État indonésien de recettes fiscales substantielles.

Pour les consommateurs européens, cette affaire remet en cause les promesses de durabilité associées à ces carburants. L’huile de palme reste en effet étroitement liée à des pratiques de déforestation massive. Il est notable que les livraisons incriminées aient été reçues par Eni et Neste alors même que ces entreprises affirment avoir éliminé l’huile de palme brute de leurs approvisionnements.

Cette fraude présumée met en exergue les lacunes des mécanismes de contrôle, à un moment où l’Union européenne prévoit l’exclusion progressive de l’huile de palme des biocarburants d’ici 2030. Des experts pointent la facilité avec laquelle des fournisseurs ont pu contourner la réglementation, soulignant des défaillances manifestes dans les processus de vérification et de certification.

Les sociétés mises en cause ont livré leurs produits via des intermédiaires. Eni indique que son fournisseur a suspendu toute relation commerciale avec les entreprises citées dans l’enquête. Neste affirme pour sa part avoir exigé de son partenaire qu’il les exclue de sa chaîne logistique, tout en garantissant que ses propres analyses confirment la nature de déchet des produits reçus.

Les soupçons d’une fraude à grande échelle sur l’étiquetage des résidus d’huile de palme existent de longue date en Indonésie. Le pays avait d’ailleurs restreint temporairement ses exportations l’an dernier face à des volumes commerciaux inexplicablement élevés. Récemment, onze personnes, dont des fonctionnaires des douanes, ont été interpellées dans le cadre d’une enquête pour escroquerie fiscale. Parmi elles figurent des dirigeants de sociétés identifiées comme ayant expédié des marchandises vers l’Europe.

L’une de ces entreprises, Green Product International, bénéficie toujours d’une certification de durabilité reconnue par l’UE, selon les registres publics. D’autres sociétés impliquées ont vu leur certification suspendue ou révoquée. Au-delà d’Eni et Neste, des négociants internationaux et d’autres groupes énergétiques européens ont également été approvisionnés, directement ou indirectement, par ce réseau.

Certaines études estiment que les volumes de résidus d’huile de palme déclarés en Europe excèdent les disponibilités mondiales plausibles, laissant supposer une pratique de fausse déclaration généralisée. Face à ces doutes, plusieurs pays, comme l’Irlande et bientôt l’Allemagne, ont déjà retiré les avantages fiscaux accordés à ces biocarburants. Des acteurs du secteur appellent désormais à une transparence radicale et à un audit indépendant des flux et des documents, seuls garants d’une confiance définitivement érodée.

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