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Culture

DeLaurentis célèbre les femmes oubliées de l’électro

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L’artiste Cécile Leoge, alias DeLaurentis, présente une création inédite au Printemps de Bourges. Son projet rend hommage aux compositrices et ingénieures du son, figures essentielles mais longtemps occultées de l’histoire musicale.

Dans le cadre du Printemps de Bourges, la productrice et compositrice Cécile Leoge, connue sous le pseudonyme DeLaurentis, propose une performance singulière. Son installation sonore, conçue spécialement pour le festival, s’appuie sur un synthétiseur modulaire ARP 2500, un instrument emblématique des années 1970. Ce choix n’est pas anodin. Il fait directement écho au travail d’Eliane Radigue, compositrice majeure de musique concrète récemment disparue, qui utilisait cette même machine. Par ce geste, l’artiste entend mettre en lumière l’apport déterminant, mais souvent ignoré, des femmes dans le développement des musiques électroniques.

Ces créatrices, nombreuses à avoir œuvré au sein de la BBC ou dans des laboratoires de recherche, se sont heurtées à une forme d’invisibilité. Leur contribution, souvent cantonnée à la conception sonore ou au design des instruments, était rarement considérée comme une composition à part entière. Leurs noms n’apparaissaient donc pas sur les œuvres auxquelles elles participaient. L’exemple de Wendy Carlos, dont le travail sur la bande originale du film *Orange mécanique* de Stanley Kubrick fut initialement omis des crédits, illustre ce phénomène. Pour DeLaurentis, rendre hommage à ces pionnières revêt une importance particulière, offrant des modèles et des références aux nouvelles générations de musiciennes.

L’artiste, qui cite l’Américaine Laurie Anderson parmi ses influences, cultive elle-même une approche résolument expérimentale. Dans son dernier album, *Musicalism*, comme dans ses performances live, elle fusionne instruments acoustiques, technologies numériques et intelligence artificielle. Elle collabore notamment avec l’Ircam et le laboratoire de recherche de Sony à Paris pour explorer des techniques de clonage vocal. Lors de ses concerts, des visuels générés en temps réel réagissent aux nuances de sa voix, créant une expérience audiovisuelle unique.

Interrogée sur l’essor de l’IA générative dans le domaine musical, DeLaurentis adopte une position nuancée. Elle voit dans ces outils un formidable potentiel pour enrichir le processus créatif, à condition qu’ils restent au service de l’intention artistique. En revanche, elle estime qu’une œuvre entièrement générée par une machine, sans intervention humaine significative, ne saurait être attribuée à un compositeur. Selon elle, la véritable création réside dans la recherche de sonorités inédites, une quête qui anime aujourd’hui les artistes comme elle animait les pionnières d’hier.

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