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Bad Bunny, une consécration américaine qui dérange

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L’artiste portoricain, favori des Grammy Awards et tête d’affiche du prochain Super Bowl, incarne une Amérique latine fière et influente. Son succès et ses prises de position suscitent l’ire des cercles les plus conservateurs.

La trajectoire de Bad Bunny, de son vrai nom Benito Antonio Martínez Ocasio, est devenue emblématique. Découvert sur SoundCloud tout en travaillant dans un supermarché, l’artiste a, en une décennie, imposé le reggaeton et la trap latino au premier plan de la scène musicale internationale. Originaire de Porto Rico, territoire associé aux États-Unis, il se retrouve aujourd’hui en lice pour les plus hautes distinctions aux Grammy Awards, avec six nominations pour son album « Debi Tirar Mas Fotos ». Cette reconnaissance intervient alors qu’il est également programmé pour le spectacle de la mi-temps du Super Bowl, une semaine après la cérémonie.

Cette double consécration symbolise une évolution notable au sein de l’industrie musicale américaine. La Recording Academy, longtemps critiquée pour avoir relégué les musiques latines à des catégories distinctes, a intégré de nouveaux votants cette année, dans un souci affiché de mieux refléter la diversité des courants actuels. L’album du Portoricain, qui mêle avec audace des sonorités traditionnelles de salsa ou de bomba à des rythmes urbains, semble bénéficier de cette ouverture. Des observateurs estiment que son approche, perçue comme plus accessible pour un jury élargi, pourrait franchir une étape historique en décrochant le titre suprême d’album de l’année.

Cette ascension ne se fait pas sans remous. La visibilité accrue de Bad Bunny, citoyen américain chantant principalement en espagnol et affichant un style qui brouille les codes traditionnels du genre, heurte une frange de l’opinion publique. Ses prises de position en faveur des communautés immigrées et LGBT+, ainsi que sa décision d’éviter les États-Unis lors d’une récente tournée par crainte des descentes de police de l’immigration, en ont fait une figure politique malgré lui. Son refus de s’angliciser pour le Super Bowl a provoqué des réactions véhémentes dans l’entourage de l’ancien président Donald Trump, où certains y voient une provocation.

Pour des analystes, cette polémique dépasse la simple controverse culturelle. Elle renvoie à des questions fondamentales sur l’identité et l’appartenance aux États-Unis, à un moment où les tensions autour de la langue et des origines sont vives. La ligue de football américain, la NFL, qui cherche à internationaliser son audience, voit pour sa part en Bad Bunny un ambassadeur idéal pour toucher le public hispanophone, l’une des communautés les plus dynamiques du pays. Sa nomination aux Grammy et sa performance au Super Bowl consacrent ainsi l’irrésistible influence d’une Amérique latine plurielle et affirmée, au cœur même des institutions culturelles et sportives américaines.

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