Planète
Face au frelon asiatique, des ruches meurent et des apiculteurs jettent l’éponge
Dans les Alpes-Maritimes, les essaims s’effondrent sous la pression d’un prédateur installé depuis quinze ans, et les protections testées coûtent plus…

Dans les Alpes-Maritimes, les essaims s’effondrent sous la pression d’un prédateur installé depuis quinze ans, et les protections testées coûtent plus cher que ce qu’elles sauvent. Un plan national a été voté, mais son budget ne prévoit toujours rien pour indemniser les producteurs.
Cela fait quinze ans que le frelon asiatique a élu domicile dans les Alpes-Maritimes. Longtemps, les dégâts sont restés contenus. Puis tout a basculé à partir de 2022, raconte le Syndicat des miels de Provence, qui fédère 320 fermes. Aujourd’hui, les ruches meurent. Le mécanisme est connu. Quelques frelons qui rôdent autour d’une ruche suffisent à dissuader les butineuses de sortir, ce qui fait chuter la récolte de miel et fragilise l’essaim, la reine pondant moins. Une apicultrice en a fait l’expérience de façon brutale, elle a perdu la moitié d’un rucher en une semaine, dans le massif de Tanneron, sur les hauteurs au nord-ouest de Cannes. Le frelon, lui, ne se contente plus de quelques ruches isolées. Il colonise tout.
Derrière les ruches, il y a des femmes et des hommes qui renoncent. Le Groupement de défense sanitaire de l’abeille, qui rassemble professionnels et amateurs, perd environ 10 % de ses adhérents chaque année depuis 2020, et le nombre de ruches s’effondre en parallèle. Le sentiment d’abandon domine, au point que les apiculteurs du département se comparent aux éleveurs ovins soumis aux attaques de loups. Leur reproche principal porte sur l’absence d’indemnisation des producteurs touchés, un point que le plan de lutte gouvernemental n’aborde toujours pas. Et le prédateur ne s’en prend pas qu’aux abeilles. Il dévore aussi coccinelles, papillons et sauterelles, ce qui pèse sur la biodiversité bien au-delà des ruchers.
Arrivé en 2004 dans le Lot-et-Garonne, sans doute avec des poteries importées de Chine, le frelon asiatique est désormais présent dans tous les départements de l’Hexagone. Face à lui, les apiculteurs bricolent, testent, échouent. Sur un terrain agricole loué à la ville de Cannes et piloté par l’Association pour le développement de l’apiculture provençale, des filets tendus au-dessus des ruches ont été balayés en trois ans, les frelons détruisant tous les essaims. Cette année, des carrés de grillage électrifiés, surnommés harpes électriques, entourent les ruches pour choquer les frelons de passage et les décourager de revenir. Le résultat se voit. Une trentaine de ruches protégées où les abeilles entrent et sortent en nombre, quand, quelques dizaines de mètres plus loin, hors zone protégée, elles se font rares et plusieurs ruches sont entièrement envahies.
Le problème, c’est le prix et l’entretien. Comptez 50 euros par ruche, soit le tiers de la valeur d’un essaim, une somme difficile à sortir quand les revenus de production fondent. Et il faut être présent en permanence. Le passage d’un petit animal a suffi à arracher des fils, laissant la moitié des harpes hors service, alors que quelques jours suffisent aux frelons pour anéantir une ruche. À l’échelle publique, les chiffres donnent le vertige. Le conseil départemental a dû engager 1,5 million d’euros pour détruire plus de 6 400 nids entre 2014 et 2024. La facture étant jugée trop lourde, le dispositif a été resserré aux nids repérés à moins de 1,5 km d’un rucher. Le plan national, voté pour 2025, prévoit un pilotage centralisé, le piégeage des fondatrices de nids au printemps, la destruction des nids jusqu’à l’automne et la réduction du stress des abeilles, avec trois millions d’euros à la clé pour l’année.
Reste la question de l’avenir de la filière. Installer de jeunes apiculteurs devient délicat, quand personne ne sait si on ne les envoie pas au casse-pipe. Les responsables professionnels réclament des études scientifiques plus poussées sur le frelon, faute de solution opérationnelle et satisfaisante. En attendant, chacun protège ce qu’il peut, comme il peut.
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