Économie
Lafarge face à la justice pour ses activités en Syrie
_**Le tribunal correctionnel de Paris rend ce lundi sa décision dans une affaire inédite où le cimentier et d’anciens dirigeants sont jugés pour avoir financé des groupes jihadistes afin de préserver une usine.**_
Le verdict est attendu après plusieurs semaines d’audience consacrées à l’examen minutieux des agissements de la multinationale française sur le sol syrien. L’entreprise et huit de ses anciens cadres répondent d’accusations relatives à des transferts de fonds opérés entre 2013 et 2014. Ces versements, évalués à plusieurs millions d’euros, étaient destinés à des factions armées, dont l’organisation État islamique, en échange de la poursuite des activités d’une cimenterie située dans le nord du pays.
L’instruction a mis en lumière un système de paiements orchestré via un intermédiaire local. Les fonds servaient officiellement à l’approvisionnement en matières premières, mais également à assurer la sécurité des convois et du personnel face aux multiples check-points. Les magistrats ont longuement étudié une volumineuse documentation interne, incluant des courriels et des comptes rendus, révélant des échanges qualifiés de « négociations » avec ces groupes.
Au cours des débats, la défense a présenté ces choix comme des décisions prises sous contrainte, dans un contexte de guerre civile et pour éviter l’abandon des employés locaux. Les avocats ont évoqué la perspective d’un conflit que beaucoup pensaient alors de courte durée, une analyse qui aurait influencé la stratégie de maintien sur place. Les représentants du parquet ont, quant à eux, dénoncé une logique purement mercantile, soulignant l’absence de toute idéologie dans les motivations des prévenus, mais pointant un cynisme économique caractérisé.
Le ministère public a requis des peines sévères à l’encontre de la société, demandant l’amende maximale ainsi qu’une importante confiscation d’actifs. Concernant l’ancien président-directeur général du groupe, qui affirme avoir été tenu à l’écart de ces opérations, les procureurs ont requis une peine d’emprisonnement. Ils estiment que la direction était parfaitement informée et a donné son accord pour préserver un investissement considérable, au mépris des risques encourus.
Malgré ces financements, le site industriel a dû être évacué dans la précipitation à l’automne 2014, avant de tomber sous le contrôle des combattants jihadistes. Cette affaire judiciaire revêt une dimension particulière avec la constitution de partie civile de victimes des attentats de novembre 2015, qui voient dans ces financements un élément ayant pu contribuer au terrorisme ayant frappé la France.
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