Économie
MaPrimeRénov’ face aux dérives des audits énergétiques
Le dispositif d’aide à la rénovation énergétique se heurte à des pratiques douteuses, nécessitant un renforcement des vérifications terrain pour préserver les deniers publics.
Un contrôleur technique procédant à une inspection préalable au versement d’une aide MaPrimeRénov’ a constaté d’importantes divergences entre le diagnostic initial et la réalité du bâti. Dans une maison d’Aubevoye, située dans l’Eure, l’expert a découvert que les combles étaient correctement isolés, contrairement aux préconisations du devis qui envisageait des travaux superflus d’isolation de la toiture. L’examen minutieux des murs a par ailleurs révélé la présence d’une couche isolante, bien que légère, derrière les plaques de plâtre.
Le propriétaire, Fouad, locataire des lieux, s’est vu proposer un projet de rénovation incluant le remplacement d’un chauffe-eau déjà modernisé en 2019. Le technicien a souligné le caractère inapproprié d’investir vingt mille euros dans une pompe à chaleur alors que l’installation existante restait fonctionnelle. Le dossier, qui sollicitait la subvention maximale de quarante-neuf mille euros, comportait ainsi plusieurs incohérences techniques.
L’agglomération Seine-Eure observe une recrudescence de dossiers similaires depuis l’instauration des Accompagnateurs Rénov’ en 2024. Ces professionnels, désormais obligatoires pour toute demande d’aide, semblent parfois produire des audits approximatifs. Une instructrice locale évoque des dossiers provenant de diverses régions françaises, comportant des informations lacunaires mais présentant des devis soigneusement établis.
Les vérifications physiques systématiques menées par la collectivité territoriale ont mis en lumière des anomalies récurrentes. La vice-présidente chargée de l’habitat affirme que la totalité des dossiers émanant de prestataires extérieurs au département présentent des irrégularités. Ces dysfonctionnements relèvent moins de la fraude caractérisée que de négligences compromettant l’efficacité des travaux et le bon usage des fonds publics.
L’Agence nationale de l’habitat, gestionnaire du dispositif, indique que des contrôles physiques interviennent sur dix à quinze pour cent des projets, généralement après réalisation des travaux. Cependant, les services instructeurs locaux soulignent la difficulté à détecter certaines inexactitudes sans inspection préalable. La tension entre les objectifs de massification du programme et la nécessaire vigilance anti-frauduleuse persiste, malgré les dispositifs de contrôle affirmés par l’agence nationale.
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